
“La jeunesse s’instruit par intuition. Si l’on ne savait que ce qu’on apprend, on ne saurait rien.” Aurélien Scholl
Anna pousse la grande porte vitrée. Elle est terrorisée. L’intérieur du bâtiment principal ne la rassure pas. Les dizaines de visages qui fendent sa trajectoire non plus.
À cet instant, tout est sombre et anonyme, malgré le vacarme ambiant.
Pourtant, dans quelques mois, ces couloirs lui seront si familiers qu’elle en aura oublié la froideur d’aujourd’hui.
– Bonjour, je cherche M… hum… Ta …Trarieux s’il vous plaît ? — Lance la jeune femme à la dame engoncée derrière son comptoir vitré.
– Bonjour Madame, Stéphane ? Stéphane Trarieux ? Le professeur de plaisir oral ?
– Euh oui, c’est ça…
– Vous êtes ?
– Anna… Anna Parelli.
– Très bien Madame Parelli, son bureau est dans l’aile sud, au fond du couloir. Là, regardez, vous prenez à droite et vous continuez toujours tout droit. Son nom est inscrit sur la porte.
– Merci beaucoup.
La jeune femme s’enfonce dans le corridor principal. La lumière bleutée des néons éclaire les salles de classe qui défilent sous ses yeux.
En face d’elle, se dresse une porte opaque, arborant une plaque noire aux lettres argentées : Stéphane Trarieux – Professeur.
À cet instant, le doute la ronge. Il faut le dire, ce n’est pas facile de choisir son avenir.
Décider d’entrer dans une école considérée comme l’une des plus subversives de France n’est pas anodin.
Était-ce par pur esprit de rébellion ?
Parfois le doute est pernicieux. Il s’insère dans les moindres recoins de notre pensée et colonise notre réflexion. Il asphyxie notre confiance et rapetisse notre être.
Un homme lui touche l’arrière de l’épaule.
– Bonjour, vous cherchez quelqu’un peut-être ? — lance l’homme brun, à la mèche qui part sur le côté.
– Ah euh, oui, bonjour, je m’apprêtais à frapper. Je cherche Stéphane Trarieux.
– Eh bien, c’est moi, Stéphane Trarieux.
– Je suis Madame Parelli.
– Oui, bien sûr, Madame Parelli, nous nous sommes entretenus par téléphone, ravi de faire votre connaissance.
– Enchantée également.
– Entrez, je vous en prie, nous serons mieux à l’intérieur pour discuter.
La future étudiante entre dans la petite pièce qui donne sur le parc de l’école. Le décor est sommaire : des stores à moitié fermés, un grand bureau couvert de pochettes pastel. Un fauteuil, deux chaises, une machine à café et de grandes armoires à demi ouvertes.
– Je vous en prie, installez-vous, je vais vous présenter un peu l’école et vous expliquer le déroulement de l’année scolaire.
Anna est une fille nature, d’une beauté simple, mais dotée d’un charme élégant. Elle conjugue parfaitement esthétisme et naturel. Cette année, elle a décidé de se colorer les cheveux. Une couleur voyante. C’est comme ça que son carré ondulé a viré du châtain clair au parme. Ce n’est pas dans ses habitudes. Mais du haut de ses vingt-et-un ans, elle se cherche encore.
Cette rentrée, elle a choisi d’être extravertie, une sorte de carapace. Néanmoins, elle reste sensible et plutôt attachée au regard des autres.
Anna vient d’un milieu assez aisé. Pour autant, ses parents se sont séparés lorsqu’elle avait dix ans. Elle en a souffert.
Sa mère a enchaîné les relations pendant un temps, avant de tomber follement amoureuse de Laurent, un motard qu’elle a rencontré dans son club de bachata.
Son père, lui, est devenu polyamoureux. En ce moment, il a plusieurs relations : Stéphanie – une professeure de danse, Delphine – une ancienne collègue de travail et puis quelques autres moins régulières. Anna ne les connaît pas toutes et elle n’en a pas forcément envie. Mais elle a l’habitude de ce genre de curiosités. Cela ne la dérange pas vraiment, au contraire, elle voit ses parents bien plus épanouis aujourd’hui qu’ils ne l’étaient autrefois. Pour elle, c’est ce qui compte. Et puis à la maison, il n’y a jamais eu de tabou, ils ont toujours parlé de tout.
Le professeur d’un ton accueillant :
– Je vous souhaite officiellement la bienvenue à l’École supérieure des Arts du Plaisir et de l’Érotisme. Notre école a été fondée en 2015, juste après le vote de la grande loi sur la légalisation de la sexualité libre. Vous faites partie de notre neuvième promotion : la promotion Mirabeau.
Vous êtes inscrite à l’internat si mes souvenirs sont bons ?
– Oui, c’est ça.
– Très bien, donc le bâtiment de vie est situé de l’autre côté du parc, en face de l’aile nord. Vous verrez, les chambres sont petites, mais très bien aménagées.
La cantine universitaire, quant à elle, se trouve dans l’école, au sixième étage.
– D’accord ! — répond la jeune femme d’un air intéressé.
– Vous avez vos résultats d’analyses IST sur vous, pour le mois de septembre ?
– Oui, oui.
– Parfait, vous me les laisserez avant de partir.
En ce qui concerne la formation, vous le savez déjà, la première année est un tronc commun. Vous y verrez toutes les matières essentielles comme :
L’Histoire de l’érotisme, le Droit de la sexualité, l’Éthique et le consentement, l’Anatomie érotique, la Sexologie clinique, l’Art du baiser, la Psychologie des fantasmes, la Kinesthésie et les Sciences du toucher, la Gestion des émotions amoureuses, les *Kinks et les Paraphilies…
*Kinks = pratiques sexuelles
Évidemment le module 3P, le cours préféré de nos étudiants : Plaisir oral, plaisir génital et plaisir anal.
En plus du cursus obligatoire, vous devrez choisir trois options parmi les ateliers suivants : L’Art de la sensualité, l’Art de l’érotisme, l’Art de la pornographie, la Photographie érotique, le Strip-tease et l’Effeuillage, l’Art du massage, le Trash-Talk, le Bondage et Shibari, l’ASMR… Et d’autres encore.
À la fin de l’année, vous choisirez votre spécialisation. Des initiations ont été créées, afin de vous permettre de savoir avec quelle spécialité vous entretenez le plus de connivence : BDSM, Pluralité, Tantrisme…
Notre enseignement comporte des cours magistraux, qui ont généralement lieu dans l’Amphithéâtre Alphonse de Sade, au deuxième étage. Et des travaux dirigés en petits groupes de vingt, maximum. Toutes les salles de TP sont au troisième et au quatrième étage.
En ce qui concerne l’évaluation des connaissances, vous aurez un contrôle continu qui comptera pour cinquante pourcent de votre note finale. Ainsi que des examens à la fin de chaque semestre, aux alentours de mi-janvier et de mi-juin. Voilà, je crois que je n’ai rien oublié… Est-ce que vous avez des questions ?
– Là, comme ça, je crois que non — répond timidement la jeune femme.
– Très bien, je reste à votre disposition tout au long de l’année, si jamais quelque chose vous tracasse, vous savez où me trouver.
– D’accord, merci beaucoup.
– Attendez, j’ai oublié de vous donner les fiches de consentement. Où les ai-je mises ? Voilà, vous en avez une vingtaine pour commencer, n’hésitez pas à faire des photocopies. Elles sont à remplir et signer à chaque TP puis à remettre au professeur avant le début du cours.
– Merci ! — répond Anna en saisissant la liasse de feuilles.
– Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une belle année, pleine de plaisir et de réussite.
– Merci Monsieur ! — lance la jeune femme enthousiaste.
La porte s’est à peine refermée qu’Anna ressent une certaine euphorie inonder son corps. Ce professeur bienveillant, aux explications limpides, et ce programme qui semble passionnant, lui donne envie de commencer sur-le-champ. Ce lieu accueillant lui laisse présager une belle année scolaire.
Si elle est ici, c’est parce que l’amour et la sexualité l’ont toujours fascinée. Les arcanes de la psychologie humaine aussi. Paradoxalement, elle a perdu sa virginité assez tard. L’année de ses dix-huit ans, avec un mec de vingt. Sa première fois était bien, mais sans plus. Et encore, elle était consentante, contrairement à pas mal de ses copines. Les fois suivantes étaient mieux. Elle a changé de mec une fois puis deux. Bref, elle a exploré : son corps, ses envies, ses désirs et ses plaisirs.
La sonnerie de midi retentit et une nuée de jeunes gens s’élance à travers les couloirs, dans un chaos presque ordonné.
Quelques semaines plus tard. Amphithéâtre Alphonse de Sade.
– En Occident, on observe que chaque période de liberté sexuelle a été précédée par une période de répression sexuelle. Souvent d’ordre religieuse, mais pas uniquement. Cette alternance de mœurs se vérifie tout au long de l’histoire, et cela, dans toutes les civilisations ou presque.
Un homme, la cinquantaine, arborant une belle barbe, vêtu d’un pull col en V par-dessus une chemise, s’exprime depuis une petite estrade. En face de lui, des gradins parsemés d’étudiants captivés par son éloquence.
– Bien que la place de la femme fût relativement cantonnée…
La sonnerie retentit au milieu de sa phrase.
– Très bien, la prochaine fois, nous aborderons la culture érotique des Osques, peuple de l’Italie du XIᵉ siècle avant Jésus-Christ. Merci pour votre attention.
Le regard d’Anna est attiré par Jade, sa nouvelle copine. Elle ne se lasse pas de la regarder. Elle attrape son sac et glisse son ordinateur à l’intérieur. Jade lui fait un signe tout en s’attachant les cheveux.
– On va manger maintenant ? J’ai trop faim… — lui dit-elle
– Vas-y, on se dépêche alors, parce qu’après, il y aura du monde — répond Anna.
Les deux copines volent par-dessus la table puis sautent les marches des escaliers deux par deux.
Jade est une jeune femme d’une beauté rare. Elle porte bien son prénom. De longs cheveux lisses et bruns, de grands yeux verts et la peau mate. Des lèvres carmin et une bouche en cœur. Fine et élancée, du haut de son mètre soixante-sept, il ne lui manque que quelques centimètres pour devenir mannequin. C’est une jeune femme pétillante, sensible et spontanée, toujours souriante, parfois espiègle.
Sur le chemin de la cantine, une troisième élève les rejoint.
– Salut Inès, ça va ? — s’exclame Anna
– Oui, super et vous ?
– On sort d’un amphi avec Lacombe, le prof d’histoire de l’érotisme. J’avoue, c’est intéressant, mais j’ai hâte de commencer les TP — répond Anna avec enthousiasme.
– Ouais le cours de 3P — ajoute Jade en tirant la langue.
Les jeunes femmes rient d’un air complice.
– C’est quand votre premier cours 3P ? — demande Inès
– Cette après-midi, plaisir oral, avec Trarieux, j’ai trop hâte.
Les trois acolytes se sont rencontrées à l’internat. Elles sont voisines de chambre. Jade et Anna sont dans la même classe, tandis qu’Inès est en deuxième année.
Attablées à la cantine, elles bavardent, lorsqu’un garçon les salue.
– Salut, ça va ? — lance le jeune homme au sourire discret.
– Hey coucou Mathéo, ça va et toi ? — répond Jade.
– Oui, je peux m’asseoir avec vous ?
– Oui, bien sûr — répondent de concert deux des trois amies.
– Tu es seul ? Tom n’est pas là aujourd’hui ? — ajoute Jade.
– Non, il est malade.
– Ah mince…
Le jeune homme est grand, plutôt fin. Il a un visage masculin, malgré son air encore poupon, qui trahit son jeune âge. Comme Anna et Jade, il fait partie de la promotion Mirabeau. Mathéo est un jeune homme joyeux et sensible. Il est très à l’écoute, sociable, toujours serviable et rassurant, malgré son petit air gêné qui lui confère un charme particulier.
– Tu es prêt pour le TP de Trarieux cette aprèm ? — lancent les filles.
– C’est plaisir oral, c’est ça ? Oh merde, j’ai complètement oublié de prendre mes fiches de consentement.
– J’en ai à revendre — répond Jade avec fierté.
– Ah ouais, tu pourras m’en filer une s’il te plaît ?
– Je ne sais pas… Tu me donnes quoi en échange ? — ajoute la jeune femme d’un air taquin.
– Hum, laisse-moi réfléchir. Je te choisis comme binôme au TP ? — rétorque le jeune homme qui s’est paré d’un sourire coquin.
Les trois amies pouffent de rire. La proposition de Mathéo, quoique cavalière, les amuse. Jade fait mine d’hésiter, mais en son for intérieur, la réponse est “oui”. Le garçon ne la laisse pas indifférente et l’idée même de lui servir de cobaye pendant le cours de plaisir oral la ravit.
– Hum… On verra ! — répond-elle en se mordillant les lèvres.
Puis, elle sort une feuille de son sac et la tend à Mathéo.
– Merci… — réplique le garçon quelque peu intimidé.
L’étudiant est stressé face à la réponse de sa camarade. Et même s’il en rêvait, il n’avait pas anticipé cette situation si rapidement.
– Et toi Anna, tu vas te mettre avec qui pour le TP de plaisir oral ? — demande Mathéo
– Je ne sais pas trop, il n’y a pas vraiment de mecs qui me plaisent. Tom est pas mal, mais il est absent, ça tombe mal — explique la jeune femme un peu dépitée.
– Ne t’inquiète pas, les affinités arrivent vite en cours d’année. Mylan et moi, on ne s’était pas remarqués au début — la rassure Inès.
Le petit groupe d’amis s’intègre dans la file d’attente pour déposer leurs plateaux vides. Une fois sortis de la cantine, ils se séparent en petits groupes.
Anna, Jade et Mathéo se dirigent ensemble vers la salle de TP de Monsieur Trarieux. L’homme à la mèche qui part sur le côté attend patiemment derrière son bureau.
À peine quelques dizaines de minutes plus tard, le cours bat son plein. L’homme est debout, il gesticule devant ses étudiants captivés.
– N’hésitez pas à explorer la partie ischio-caverneuse, ainsi que la zone superficielle du périnée qui entoure la vulve. Souvenez-vous que votre partenaire n’est pas qu’un sexe. Comme je le disais tout à l’heure, la sensibilité thermique peut également être un levier puissant. Exemple : je lèche, puis je souffle doucement.
On fait attention aux réactions de l’autre. C’est comme lors d’une discussion ! C’est compris ?
Bon, et comment je sais que les caresses que je prodigue sont efficaces ? — demande le professeur.
– Grâce à “L’échelle du plaisir” ? — répond une étudiante, la main levée.
– C’est bien ça, l’échelle du plaisir de Wilhelm Krause. Cette échelle qui part de zéro et va jusqu’à dix : zéro étant la neutralité et dix l’orgasme, permet de savoir, à tout moment, où en est votre partenaire. Il suffira de le lui demander régulièrement.
Les jeunes apprenants hochent la tête, tandis que d’autres, formulent un “oui” légèrement défait.
– Des questions ? — demande le professeur.
Le silence règne dans la petite salle de classe aux fenêtres recouvertes d’un film opaque.
– Non ? Très bien, alors assez parlé. Place à la pratique. J’ai bien toutes vos fiches de consentement ?
Allez, une apprentie sur chaque table de massage. Privilégiez les binômes et si quelqu’un reste seul, qu’il se greffe à un groupe.
On commence par le début, qui est ? — interroge-t-il.
Oui Laura ?
– L’approche ? — répond l’étudiante du fond de la salle, la main encore levée.
– Presque… Juste avant ? Arnaud — ajoute le professeur en désignant l’un des garçons au deuxième rang.
– Le consentement ? — réplique timidement le jeune homme.
– Voilà ! Je sais que vous êtes pressés dans ces moments-là, la passion prend parfois le dessus. Mais c’est important. Avez-vous eu votre premier cours de gestion des émotions amoureuses, avec Madame Sidoine ? Non, pas encore ? Ok bon, vous verrez ça avec elle.
Allez, lavage de main, consentement, puis approche — s’exclame l’enseignant en claquant des mains.
Les filles, qui ont enfilé une sorte d’uniforme médical en toile transparente, retirent leurs sous-vêtements. Pendant ce temps, les garçons déroulent les draps d’examen hygiénique sur les tables.
Jade s’est assise au centre de la table de massage. Elle regarde Mathéo timidement, tandis que le jeune homme lui demande son consentement.
– Est-ce que tu es d’accord pour que j’explore ton sexe Jade ? — demande Mathéo, rougissant légèrement.
– Oui, je suis d’accord. Juste, commence doucement s’il te plaît — lui répond la jeune femme, pas tout à fait prête.
– Oui, oui, pas de soucis — réplique le garçon d’un air concerné.
Il pose sa main sur le genou de sa camarade puis la fait timidement glisser sur sa jambe.
– Ça va comme ça ? Mes mains ne sont pas trop froides ?
– Oui, ça va, c’est agréable — répond Jade d’un ton rassurant.
L’étudiant déroule progressivement sa main à l’intérieur des cuisses de sa partenaire. Elle retient d’abord son souffle puis laisse s’échapper un soupir et sourit.
– Ça va, c’est bien ? — demande Mathéo, un peu déstabilisé.
– Oui, c’est trop bien !
Jade est assise sur la table de massage, les genoux relevés et les bras verrouillés en arrière. Sa nuque flotte dans l’air, laissant ses longs cheveux bruns caresser ses fesses.
Mathéo approche son visage de l’intérieur de ses cuisses pour y déposer un baiser. Il fait sautiller délicatement ses lèvres, jusqu’à l’entre-jambe de la jeune femme qui frémit. Le contact de la bouche sur sa peau la rend extrêmement sensible. À cet instant, la gêne s’étiole peu à peu pour laisser place au jeu.
Mathéo ne pense plus qu’à une chose : rendre Jade folle de désir en réussissant son approche.
Il applique minutieusement les consignes du professeur tandis que la jeune femme a de plus en plus de mal à se contenir.
Anna a choisi de se mettre en binôme avec Raphaël. C’est un garçon plutôt discret. Il fait à peu près sa taille et porte une coupe au bol qui lui donne un air poupon. Il dégage beaucoup de douceur et Anna y est sensible.
– On s’applique sur l’approche, je répète : aujourd’hui, on travaille l’approche. J’en vois qui ont déjà la bouche dans le sexe de leur binôme — précise le professeur un poil agacé.
– Monsieur, s’il vous plait, je ne comprends pas, quand je caresse ici, elle me dit que ça la chatouille ? — rapporte un étudiant au professeur.
– Je vais répondre à tout le monde. Vous m’écoutez cinq minutes s’il vous plaît ?
On est toutes et tous différents, d’accord ? On a tous nos émotions, nos moments et nos humeurs aussi. Les zones excitantes chez une personne peuvent être chatouilleuses ou douloureuses chez une autre personne. Un endroit qui procure du plaisir un jour peut devenir chatouilleux ou douloureux un autre jour. Cela n’a rien de bizarre ou d’anormal. Ce n’est pas non plus parce que vous avez mal fait.
On est tolérant avec l’autre, mais également avec soi.
C’est à ça que sert la partie “j’écoute ma partenaire” dont je vous ai parlé tout à l’heure. Donc, on écoute et on s’adapte.
Les apprentis, qui avaient tourné la tête quelques instants, se reconcentrent. Mathéo regarde le corps de Jade avec envie. Ses gestes sont de plus en plus langoureux et il peine à contenir son excitation.
De leur côté, Anna et Raphaël se découvrent lentement. Le jeune garçon peine à se sentir à l’aise avec sa camarade. Pour l’instant, il se contente de couvrir ses jambes de douces caresses. Anna apprécie son tact ainsi que sa tendresse.
Soudain des rires éclatent dans la classe.
– Monsieur, qu’est-ce qu’on fait si notre binôme a lâché la sauce ? — demande une jeune femme à moitié amusée, tandis que son camarade, rouge écarlate, tente de contenir son embarras.
– As-tu demandé à Louis où il en était sur l’échelle du plaisir ? — rétorque le professeur.
– Euh, non, je n’ai pas eu le temps monsieur — répond la jeune femme tandis que de nouveaux rires éclatent.
– Ce n’est pas grave Louis, ce sont des choses qui arrivent — répond le professeur en s’adressant au garçon tout penaud.
Rappelez-vous, l’échelle de Krause n’est pas là pour faire joli.
La pratique vous permettra de vous habituer à tout ce que vous ressentez dans votre corps. Et le cours de Mme Sidoine, sur la gestion des émotions amoureuses, est aussi là pour ça. Je ne sais pas pourquoi ils ont mis mes TP en premier cette année. Je leur avais pourtant demandé d’inverser. Bref, va te nettoyer dans la salle d’eau derrière, Louis. Ensuite, tu reviendras et tu recommenceras l’exercice d’approche. Et pour les autres, n’oubliez pas de demander, assez régulièrement, à combien en est votre partenaire sur l’échelle de l’excitation.
Sur la table de massage, Mathéo parfait son approche. Il opère de légers mouvements de bouche tout autour du sexe de Jade. La jeune femme soupire en maintenant les yeux fermés.
Le garçon lèche langoureusement ses lèvres puis vient effleurer son clitoris du bout de la langue. Jade laisse s’échapper un petit cri qu’elle abrège rapidement.
– Ça va Jade ? Tu en es à combien sur Krause ? — demande consciencieusement l’homme.
– Sept — soupire l’étudiante.
Mathéo reprend son approche. Sa langue travaille maintenant l’entrée du vagin de sa camarade qui se tortille de plaisir. Il remonte lentement sur le clitoris de la jeune femme, la langue bien à plat. Jade ouvre les cuisses un peu plus grand comme pour l’inviter à poursuivre.
Après quelques minutes, elle pousse un gémissement. Le jeune homme se redresse un peu surpris.
– Qu’est-ce qu’il y a ? — demande le garçon.
– Euh… Je crois que j’ai eu un orgasme… — répond l’étudiante tremblante.
– Oh mince, je suis désolé… je ne pensais pas que…
– Ne t’excuse pas, c’était très bien.
– Monsieur, je ne sais pas si c’est normal, mais je crois que… Jade a joui — explique Mathéo, légèrement embêté.
– Eh bien, vous étiez sur l’approche ? À combien était Jade sur l’échelle du plaisir — demande le professeur.
– Oui, sur l’approche, Monsieur, elle m’avait dit sept — rétorque le jeune garçon.
– Alors c’est super, c’est que ton approche était réussie — s’exclame le professeur en félicitant Mathéo.
La sonnerie retentit.
– Ok, on va s’arrêter là, n’oubliez pas de prendre quelques minutes pour l’after-care : on fait un câlin, on remercie son binôme. Et je vous dis à la semaine prochaine.
Les étudiants s’enlacent, d’autres débriefent ou se caressent affectueusement. Puis chacun range ses affaires et quitte la salle de classe.
Anna et Jade se retrouvent dehors à l’ombre d’un grand platane. La jeune fille semble bouleversée lorsque Anna s’approche d’elle.
– Ça va Jade ? Tu n’as pas l’air bien ? — demande Anna avec empathie.
– Oui… Ça va… Je suis juste un peu… Émue — lance Jade entre rire et larme.
Non mais ça va… je suis en début de cycle là, je crois que c’est pour ça.
– Oh, chouchou, viens là — murmure Anna tout en l’enlaçant.
Les deux amies se câlinent et Jade sèche ses larmes. Anna se sent bien dans les bras de son amie.
– Il te plaît Mathéo ? — demande Anna.
– Je crois… Je crois que oui, beaucoup même — répond Jade, les yeux illuminés.
En fait, je… je ne sais pas trop ce qui m’arrive… Quand il me regarde, quand il me touche, je ressens des trucs bizarres.
– Hannnn, elle a un crush ! — lance Anna légèrement envieuse.
– Et toi, c’était comment avec Raphaël — demande Jade.
– Il est très doux, on n’a pas eu le temps de faire beaucoup de choses, mais c’était cool — répond la jeune femme.
Les deux copines se sourient, puis se prennent par la main et se mettent à marcher. Anna est heureuse pour son amie, néanmoins, elle ressent une forme d’envie qu’elle ne saurait décrire. Elle aimerait avoir une connexion aussi forte que Jade et Mathéo, mais elle n’y parvient pas.
Au même instant, dans l’Amphithéâtre, Inès griffonne sur son petit carnet. Elle prend des notes qu’elle reporte ensuite sur son Google Drive. Écrire à la main l’aide à retenir les cours plus facilement.
– Pendant une séance de Fire-play ou de Wax-play d’ailleurs, on garde toujours sa main de sécurité loin du feu ou de la source de chaleur. Pourquoi ? Eh bien parce que si jamais la personne a un problème et que je dois intervenir, vous imaginez, hop, voilà et là, je la brûle une deuxième fois — Explique le professeur en mimant une réaction d’urgence.
– Donc la main de sécurité reste loin du feu et pour le reste, on utilise la main de jeu, on n’oublie pas.
Inès a vingt-trois ans, c’est une très belle femme, une beauté sensuelle et voluptueuse. Elle est d’origine tunisienne, par son père. Il vient de Gabès, un petit village au nord de Djerba. Les traditions sont encore bien ancrées là-bas. La jeune femme a dû en abattre, des idées reçues. Elle fait partie de ces gens qui doivent sans cesse affronter une partie des leurs, pour être eux-mêmes. Aujourd’hui, elle est comme la lame d’un couteau sortie des braises d’une forge. Plus rien ne lui fait peur lorsqu’il s’agit de s’affirmer.
Pour autant, concernant son entrée à l’ESAPE, elle n’en a pas vraiment parlé. Pas par peur, mais parce que sa famille ne comprendrait pas de toute façon. Elle leur a expliqué qu’elle faisait une école d’art. Après tout, ça n’est pas si loin de la réalité. L’art de donner du plaisir n’est autre qu’une forme d’art un peu différente.
Quant à sa sexualité, on peut largement la qualifier d’insatiable et de débridée. Elle a soif d’expériences et n’a aucune limite. Elle brûle d’enivrer ses cinq sens jusqu’à l’extase. Ses fantasmes sont nombreux et sa passion pour le sexe, infinie.
– Pssst, Inès — murmure Mylan à moitié couché sur son banc.
– Quoi ? — répond la jeune femme intriguée.
– On va aux bains ce soir, avec Martin, ça te dit de venir ?
L’étudiante réfléchit un instant. Mylan ne la laisse pas indifférente. Cela fait des mois qu’elle observe le jeune homme sans vraiment savoir pourquoi. Elle répond en chuchotant.
– Carrément, vous y allez à quelle heure ?
– On y va à la sortie des cours, vers 18h.
– Ça marche, allez, je viens
– Super, à tout à l’heure — ajoute le jeune homme.
Certes, l’ESAPE est une école différente des autres. Mais les étudiants sont les mêmes qu’ailleurs. Et si l’on ne fait pas une fixation sur les mœurs un peu particulières, la vie y est tout à fait semblable à celle d’autres écoles.
L’après-midi file à grande vitesse. Le ciel est déjà sombre lorsque Inès attache son vélo devant le grand bâtiment voûté arborant l’inscription : “Mille essences d’eau”. Le SPA est plutôt prisé, mais il y a moins de monde le lundi.
À l’intérieur, le bruit de l’eau résonne sous le grand plafond tandis que l’odeur de la myrrhe embaume l’atmosphère.
– Bonsoir, bienvenue aux Mille essences d’eau, vous êtes déjà venue ? — demande la jeune femme derrière le comptoir.
– Bonsoir, oui, oui, j’ai une carte — répond l’étudiante.
– Très bien, donnez-moi votre nom s’il vous plaît ?
– Inès Zribi, mais ce n’est pas moi qui ai réservé, je pense que mes amis l’ont fait.
– À quel nom s’il vous plaît ?
– Euh Mylan… Mylan Obradović — répond Inès.
– Pour trois personnes, c’est bien ça ?
– Oui, c’est ça.
– C’est tout bon, voilà votre serviette. Les vestiaires sont juste là, à droite — ajoute l’hôtesse.
Mylan et Martin passent la porte au même instant.
– Hey, salut — font les garçons en saluant Inès.
– Salut ! Je viens d’arriver, j’allais justement me changer.
Les garçons observent discrètement le corps de la jeune femme encore habillée.
– OK, on se retrouve en bas, dans le bassin chauffé ? — dit Mylan.
– Ça marche, à tout de suite — répond Inès avec un sourire radieux.
Mylan est venu spécialement de Croatie pour faire l’ESAPE. C’est l’archétype même de l’homme des pays de l’Est : grand, blond aux yeux clairs, avec un grand cou et un visage anguleux. Ses petits yeux rieurs ajoutent une touche de douceur à son charme.
Mylan ne parle pas beaucoup et va toujours à l’essentiel. Mais son bel accent, couplé à son physique imposant, le dote d’un charisme certain.
Son ami Martin, lui, est brun, les traits fins, un peu plus petit, un peu plus discret aussi. Ils se sont rencontrés à l’ESAPE, en première année. Depuis, ils ne se quittent plus. C’est le genre d’amitié où chacun complète l’autre à la perfection. Une sorte de complicité fusionnelle, comme s’ils s’étaient toujours connus.
Inès descend les marches de la piscine enchâssée dans la grande pièce aux airs de cave voûtée. L’endroit est très bas de plafond, presque intimiste. Une musique relaxante vibre au-dessus de l’eau qui clapote.
La jeune femme porte un maillot de bain une pièce bicolore. Elle a attaché ses longs cheveux bruns en chignon.
– Elle est bonne ? — demande Mylan en arrivant dans la pièce.
– Oui, parfaite — répond Inès.
Les amis entrent silencieusement dans l’eau, tandis qu’Inès s’abreuve de la vue des deux éphèbes.
Sans rien laisser paraître, elle se demande : “Comment peut-on être aussi sculpté ?”.
Allongée dans l’eau tiède, sa poitrine déjà éblouissante s’arrondit comme deux fruits mûrs. À la terminaison de ses jambes, flottent de petits pieds encore bronzés, qu’elle a pris soin de vernir.
Les trois amis discutent tout en serpentant lascivement à la surface de l’eau. Inès est au centre, elle laisse ses bras vaciller dans le bassin. Ses doigts effleurent, par intervalles, la ceinture abdominale des garçons qui flottent à côté. Petit à petit, les discussions s’amoindrissent et le désir remplace la réserve. Les trois étudiants se cherchent et, sans en avoir l’air, les mains explorent délibérément les corps.
Après plusieurs minutes, la tentation est trop forte, Inès se redresse, elle regarde Mylan intensément puis s’avance vers ses lèvres. Le garçon ferme les yeux et l’embrasse.
Mais l’étudiante se retourne, elle fixe Martin et l’embrasse à son tour. Son jeu éclate au grand jour. Les deux hommes devinent doucement vers quoi Inès souhaitent les emmener. Ils l’enlacent puis l’embrassent de nouveau chacun leur tour. Les langues s’entremêlent d’un côté puis de l’autre tandis que les mains glissent de plus en plus loin.
La situation devient inflammable, mais les caméras disposées un peu partout les rappellent à la raison.
– On va au hammam ? — lance la jeune femme.
– Oui, allez ! — répond Mylan, cherchant l’approbation de Martin dans son regard.
Les amants entrent dans la grande pièce humide aux odeurs orientales. Une aubaine, ils sont seuls, et ici, pas de caméras. L’épaisse vapeur d’eau enveloppe les corps qui disparaissent peu à peu dans la nuée brûlante.
Assise sur les grandes marches, Inès est au centre. Elle laisse ses doigts frôler les cuisses des deux garçons et le jeu reprend lentement.
Mylan enfouit sa main dans la nuque de la belle dont il a saisi la chevelure. Elle se cambre, les regards se croisent et Martin lui dépose un baiser dans le cou.
Les bouches fondent sur l’étudiante et le désir palpite sur les langues.
La jeune femme flirte plus nettement avec le sexe des deux éphèbes qu’elle frôle à travers leurs maillots. Martin dessine le contour de ses fesses du dos de sa main.
Mylan s’agenouille et laisse sa bouche longer les jambes de l’étudiante jusqu’au centre de ses cuisses. Martin étreint lascivement sa poitrine à travers son maillot.
– Vous avez des capotes ? — demande Inès survoltée.
– Non — répondent les garçons de concert.
– Ah punaise ! — soupire Inès.
Le grand blond, agenouillé devant la jeune fille, fait glisser l’échancrure de son maillot pour apercevoir son sexe. Il la lèche onctueusement tout en la caressant du bout des doigts. Martin s’occupe méticuleusement de sa poitrine qu’il a également fait sortir de son maillot. La jeune femme est presque nue, enserrée par les mains de ses deux amants qui la stimulent de toutes parts. La vapeur d’eau, mêlée aux fluides de la jolie brune, ruissellent le long de ses jambes qu’elle ouvre plus grand.
– Je peux ? — demande consciencieusement Mylan, en présentant ses doigts.
– Oui — répond la belle dans un soupir lascif.
Elle sent les doigts de Mylan s’insérer délicatement en elle quand la bouche de Martin glisse sur sa poitrine. La chaleur et l’humidité du lieu ne font qu’ajouter de l’intensité à la scène.
Les mouvements s’accélèrent au rythme des soupirs de l’étudiante qui ondule fiévreusement.
Soudain, elle pousse un gémissement de plaisir. L’excitation est trop forte, elle se met à jouir profondément. Mylan poursuit ses va-et-vient tandis qu’elle tente d’étouffer ses cris. La scène est orgasmique. Heureusement, le trio est dissimulé sous un épais brouillard.
Les mois passent et les cours s’enchaînent. La petite vie de l’école se poursuit alors que les histoires de cœur se font et se défont au rythme du froid qui s’installe. Mathéo et Jade se sont habitués à être en binôme pendant les travaux dirigés. Mais ils n’ont pas encore évoqué explicitement l’idée de vivre une histoire ensemble.
Anna, bien que parfaitement intégrée, éprouve un sentiment étrange. Passionnée par le programme de l’école, elle se sent de moins en moins en phase avec certains travaux pratiques. Alors que les autres filles de sa classe semblent les attendre avec impatience.
Elle se sent différente. Néanmoins, aujourd’hui, la concentration doit être au rendez-vous. Car l’heure est aux partiels.
L’étudiante aux cheveux lila entre dans la grande salle. Le bruit des copies qui raclent les tables résonne sur le mur principal. Elle se faufile dans les allées, à la recherche de son bureau d’examen.
– Tu as trouvé le tien, Jade ? — lance Anna à sa copine.
– Non, pas encore — lui répond Jade d’un air inquiet.
– Moi non plus — ajoute Anna, un peu stressée.
Trois professeurs s’agitent sur les paquets de copies vierges derrière la petite estrade. L’un d’entre eux s’avance.
– “Bonjour à tous et bienvenue à l’épreuve d’anatomie érotique du premier semestre de votre première année. Prenez le temps de vous asseoir à votre place. D’ici à quelques dizaines de minutes, l’épreuve débutera : vous pourrez alors retourner votre copie. L’examen dure deux heures. Je vous rappelle que les smartphones sont interdits” — annonce le professeur d’un ton magistral.
Anna s’est enfin assise, Jade n’est pas très loin derrière elle. Les deux copines se lancent des regards inquiets.
L’épreuve commence, la soixantaine d’élève découvrent la copie d’examen, l’estomac noué.
[…]
- Question 21 : Citez les trois principales structures anatomiques de la vulve qui contribuent au plaisir féminin.
- Question 22 : Quel muscle assure le soutien des organes génitaux, du rectum et de la vessie ?
- Question 23 : Quelle zone du mamelon possède le plus de terminaisons nerveuses ?
- Question 24 : Nommez les glandes impliquées dans la lubrification vaginale.
- Question 25 : Où se situe la fourchette vulvaire ?
- Question 26 : Le gland du clitoris se trouve-t-il en position antérieure ou postérieure du méat urétral ?
[…]
L’épreuve bat son plein, mais Anna termine plus rapidement que le temps imparti. Elle semble satisfaite de son travail tandis que Jade paraît légèrement catastrophée.
– Attention, c’est terminé dans 5, 4, 3, 2, 1, aller, on pose les stylos ! — s’écrit l’homme qui s’était avancé en début d’examen.
Les soupirs se mêlent au froissement des feuilles qui s’empilent sur le bureau des professeurs. Les jeunes examinés sortent et débriefent avec leurs camarades, en tentant de se rassurer.
– Je ne crois pas que j’aurai la moyenne — lance Jade, à moitié effondrée.
– Oh non, que s’est-il passé ? — réplique Anna, empathique.
– Je ne sais pas… Je crois que je n’ai pas envie d’en parler maintenant, c’est inutile de toute façon. Je vais rejoindre Mathéo, j’ai besoin qu’il me fasse oublier cette journée.
– Bonne idée. Tu rentres chez tes parents pour les vacances ou tu restes à l’internat ? — répond Anna.
– Non, je reste là, il faut que je bosse — ajoute Jade.
– Ok, alors moi aussi, on bossera ensemble comme ça — réplique Anna, concernée.
Les deux filles se prennent dans les bras puis se séparent.
Jade traverse le parc son téléphone à la main.
Message à Matmat : “Coucou, ça va ? J’ai foiré le partiel d’anat érotique, je crois que j’aurais besoin de me changer les idées”.
Elle n’est pas encore arrivée aux portes de la résidence que Mathéo a déjà répondu.
Message de Matmat : “Coucou Jade, mince, tu veux que je passe ?”.
Message à Matmat : “Vas-y, je veux bien, je suis dans ma chambre”.
Jade introduit la petite clé verte dans la serrure. La chambrette est sombre, les stores sont encore fermés. La jeune femme se jette sur son lit à moitié défait et éclate en sanglots.
À cet instant, la déception prend toute la place dans son esprit.
C’est dans ce genre d’instant que le sexe nous répare et nous remplit de sa pulsion de vie. Du moins c’est ce que pense Jade. C’est sa manière d’aller mieux. Et jusqu’à preuve du contraire, cela lui a toujours réussi.
Dans le même temps, Mathéo termine une partie de tarot dans la salle de jeu de la bibliothèque. Il range le paquet de cartes dans son sac et salue ses amis.
– Je dois y aller, Jade n’est pas bien — lance-t-il.
– Ok mec, va faire ton devoir — plaisantent ses camarades.
Les poings se cognent et les sourires fusent, puis le jeune garçon s’éloigne.
La jeune fille entre sous la douche. Ses larmes ont laissé la place à la mousse légèrement vanillée de l’huile qu’elle masse sur ses petites joues roses. Son corps mince et harmonieux ondule à travers l’eau qui jaillit. Elle s’emmaillote dans une serviette puis sautille jusqu’à la petite armoire qui lui sert de dressing, lorsque la sonnette retentit.
– C’est moi — crie Mathéo.
Jade est contrainte d’ouvrir alors même qu’elle n’est parée que d’une simple serviette.
– Salut Mathéo, je sors tout juste de la douche — fait la jeune femme à moitié gênée.
– Ok, mince, je suis désolé d’être arrivé un peu vite — s’excuse le garçon.
– Non, ne t’en fais pas, entre… Merci d’être venu, pose-toi sur mon lit si tu veux — ajoute Jade tout en maintenant la serviette contre sa poitrine.
Le jeune homme dévore déjà sa camarade du regard. Ses yeux roulent sur les courbes insolentes de l’étudiante qui se dresse devant lui comme un bouquet d’hortensias.
– Je vais mettre quelque chose, à moins que tu ne préfères que je reste comme ça — lance Jade en se tortillant dans sa serviette.
Le garçon est bouche bée face à un tel spectacle. Il marmonne quelques mots inaudibles qui resteront inutiles. Jade s’approche, elle s’assoit sur ses genoux et l’enlace. Puis, elle dépose un baiser sur ses lèvres.
– Mathéo, s’il te plaît, fais-moi oublier cette journée — lui murmure la jolie brune.
Le garçon lui donne un baiser puis se relève et l’empoigne. Il l’embrasse avec ardeur, lui caresse le cou, le visage, la poitrine. Puis dans un élan de passion, il s’agenouille devant son pubis. La belle se retourne et plaque ses mains sur la fenêtre coulissante comme pour se soumettre à une fouille au corps. Sa serviette glisse et l’homme plonge sa bouche entre ses fesses. Il la lèche ardemment, une main plaquée sur son ventre, afin de la maintenir fermement contre son visage. Le feu de la passion s’est emparé d’eux. Jade gémit sous les coups de langue effrénés de Mathéo. L’intense plaisir qu’il lui procure pousse la jeune femme à hurler :
– Prends-moi Mathéo — hurle-t-elle, cambrée contre la fenêtre.
L’étudiant se redresse, la queue bandée dans son pantalon. Il s’empresse de le descendre jusqu’aux chevilles. Puis, il sonde sa poche et en sort un préservatif. Il le met et s’enfonce dans l’étudiante, l’étreinte devient torride. Jade exulte sous les coups de reins bestiaux du garçon. Il empoigne sa poitrine et plante sa bouche dans son cou. L’étudiante frissonne entre deux va-et-vient. Son bassin est projeté contre le mur de la cloison qui vibre sous l’intensité de leur coït.
À cet instant, Jade est comme possédée, elle gémit de tout son cœur. Mathéo la prend avec tant d’ardeur que la jeune femme passe pour une brindille entre ses bras. Elle sent sa puissance et elle aime ça. Elle pose une main sur ses hanches, comme pour l’inciter à taper plus fort.
Cette caresse était celle de trop, il contracte ses fesses une dernière fois puis explose en elle. Ses râles sont si sensuels que Jade est immédiatement emportée par son plaisir. Et dans un dernier coup de rein, elle jouit à son tour. À cet instant, leur fusion est totale, c’est comme si rien ne pouvait les séparer.
Du côté de l’Amphithéâtre Alphonse de Sade, une femme d’une cinquantaine d’années, aux allures de psychiatre, marche de gauche à droite devant un parterre d’étudiants.
– Une émotion est d’abord physique. Ensuite, le cerveau l’analyse et la classifie en fonction de la situation et du contexte.
Exemple : la peur et l’amour ont les mêmes symptômes de départ : accélération du rythme cardiaque, sensation de chaleur, gorge serrée, picotements…
Ce n’est que quelques secondes après la réponse physiologique que notre esprit va coller une étiquette sur l’émotion ressentie : “OK, là, c’est un coup de foudre” ou “Là, c’est de la peur”.
En ce qui concerne l’aspect biochimique, lors d’un coup de foudre par exemple, de la dopamine va être produite en quantité par l’hypothalamus. Couplée à la noradrénaline des glandes surrénales, elle va inonder le cerveau. La zone du cortex préfrontal, siège de la raison, est alors inhibée par cette avalanche d’hormones. Voilà pourquoi, de l’extérieur, lorsque l’on tombe amoureux, nos décisions peuvent paraître totalement irrationnelles.
Sur une échelle de temps plus longue, l’ocytocine, ou “hormone de l’attachement”, sera sécrétée par l’hypothalamus au moment des contacts physiques. C’est elle qui va permettre au désir de perdurer dans le temps, au sens chimique du terme.
Ce cocktail d’hormones va nous plonger dans un état que l’on nomme outre atlantique : le NRE comme “New Relationship Energy” ou “état amoureux passager”.
En réponse à cet état, le cerveau va tenter de réguler tout cela en délivrant des hormones censées freiner l’éveil, comme la sérotonine, produite par le cerveau postérieur et le duodénum, ou la mélatonine sécrétée par la glande pinéale, cela afin de rétablir l’équilibre psychophysiologique du système nerveux.
Anna écoute attentivement Madame Sidoine dérouler son cours sur la gestion des émotions amoureuses. Jade, assise à côté, est plus dissipée. Elle semble agitée et pianote frénétiquement sur son smartphone.
– Ça va, Jade ? — demande Anna, inquiète.
– Oui ça va… enfin, ça peut aller quoi…
– Qu’est-ce qu’il se passe ? Tu veux m’en parler ?
– C’est Mathéo… Ça fait quelques jours qu’il rate les cours et… Il vient de m’annoncer qu’il allait probablement devoir quitter l’école.
– Quoi ? Déjà ? Après un semestre ? — demande Anna, incrédule.
– Oui… Apparemment sa mère est hospitalisée et elle a besoin de lui — répond Jade, les yeux embués.
– Oh merde ! — fait Anna en serrant la main de son amie qui éclate en sanglots.
– Attends Jade, peut-être que ce n’est que temporaire ? Il va sûrement revenir vite ? — lance Anna, tentant de rassurer sa camarade.
– Je ne sais pas… mais je ne veux pas qu’il parte.
Les deux filles se prennent dans les bras tandis que la professeure les apostrophe.
– Que se passe-t-il là-haut ? Il semblerait que mon cours ne vous aide pas encore à gérer vos émotions ? Vous voulez sortir un moment ? — demande la quinquagénaire.
– Non merci, madame, excusez-nous — lance Jade en séchant ses larmes.
Au sommet du bâtiment, le soleil de cette après-midi d’automne pénètre par le puits de lumière pour descendre jusque dans les étages. Il parcourt ces derniers jusqu’à se répandre dans les différentes pièces de l’immeuble.
À l’intérieur d’une des petites salles de TP, Inès cherche Mylan du regard. L’imposant Croate, pourtant caché par le pilier central, lui fait signe.
– Salut, ça va, beau gosse ? Tu es prêt pour le TP de plaisir pénien ?
– Salut, oui, je suis prêt ! — répond le jeune garçon d’un air neutre.
Le professeur, un homme d’une soixantaine d’années, ancien médecin légiste reconverti dans la pédagogie, fouille dans ses papiers.
– Bonjour à toutes et tous, est-ce que j’ai vos fiches de consentement ? — lance-t-il, tout en remuant le paquet de feuilles sur sa table.
Dix-sept et dix-huit, il m’en manque deux — ajoute-t-il.
Au même moment, une jeune fille entre dans la salle.
– Bonjour Monsieur, désolée pour le retard — s’excuse-t-elle.
– Bonjour… voilà, une de nos retardataires, avez-vous votre fiche de consentement ? — demande le professeur.
– Oui monsieur, la voilà — répond l’étudiante en fouillant dans son sac.
– Très bien, il m’en manque donc une. Tout le monde a son binôme ?
Une jeune femme lève la main
– Non, monsieur, je devais être avec Mathieu, mais il n’est pas là — explique l’étudiante embarrassée.
– Bien, tu n’as qu’à te mettre avec… Inès et Mylan, là-bas, au fond — répond le professeur.
L’étudiante aux cheveux courts s’avance timidement vers les deux amis.
– Salut, ça ne vous dérange pas que je me mette avec vous ? — demande-t-elle.
– Salut Eva, non pas de soucis, Mylan va être content — répond Inès en souriant.
Le professeur écrit quelques mots sur le tableau blanc.
– La dernière fois, nous avions travaillé sur la zone périnéale, pour celles et ceux qui s’en souviennent. Aujourd’hui, nous allons nous attarder sur l’une des parties les plus importantes du plaisir masculin : le gland.
Comme nous avons pu le voir pendant le cours magistral, le gland est la zone la plus innervée du système reproducteur masculin, notamment sous la couronne et particulièrement au niveau du frein.
Je vais vous demander de bien lubrifier cette zone, car elle est extrêmement sensible. Ensuite, vous irez explorer le gland de votre binôme avec la plus grande délicatesse.
Comme d’habitude, vous utiliserez “l’échelle de Krause”, pour savoir où en est votre partenaire.
Essayer de ne pas aller trop loin, si vous voyez ce que je veux dire. Les garçons, si vous vous sentez trop excités, dites-le, histoire de ne pas passer tout le TP en période réfractaire.
Il y a des questions ? Non ? Allez, alors, lavage de mains, consentement et au travail.
Inès déroule le drap d’examen hygiénique tandis qu’Eva attrape la large bouteille de lubrifiant. Elle observe Mylan qui s’allonge sur la table de massage. Le garçon jette de multiples regards en direction d’Eva. Son sexe, d’une taille relativement noble, est déjà un peu bandé. Inès fait mine de ne rien voir mais elle sent déjà une incroyable tension entre ses deux complices de TP.
– Mylan est-ce que tu consens à ce que j’explore ton sexe ? — demande la jolie brune.
– Oui, c’est bon et Eva aussi — ajoute le jeune homme.
Eva est très grande, c’est pour cette raison qu’elle ne porte jamais de talons. Elle a été un temps complexée par sa taille, jusqu’à ce qu’elle tombe sur un homme qui aimait ça. Désormais, elle en a fait un atout. Sa silhouette élancée, ses jambes interminables et ses grandes mains aux doigts fins.
Son dernier copain menait une sorte de double vie. Ils avaient prévu d’emménager ensemble, mais quelques semaines avant le déménagement, plus de nouvelles. Elle l’a cherché. Puis, elle l’a trouvé. Chez une autre fille avec qui il entretenait une relation depuis quelque temps. Le genre de trahison qui ne vous laisse pas indemne. C’est probablement cela qui l’a poussée à rentrer à l’ESAPE. Elle le vit comme une sorte de revanche. À la différence de la vengeance, celle-ci n’est pas dirigée contre le coupable. Elle le fait pour elle. Pour que cela n’arrive plus jamais.
Les mains enduites de lubrifiant, les deux jeunes filles commencent à caresser doucement le sexe du Croate. Inès est concentrée sur ses mouvements tandis qu’Eva dévore le garçon du regard. La retardataire est fascinée par l’homme, qu’elle ne connaît que peu. Elle tente de saisir la moindre de ses réactions tandis que ses dessous sont déjà humides.
Le jeune homme, lui, est sans filtre et sous ses airs de mauvais garçon, il vit ses émotions très spontanément. C’est d’ailleurs l’un des traits de sa personnalité qui plaît le plus à ses partenaires.
Les filles le massent à quatre mains, très langoureusement.
– Tu es à combien sur l’échelle de Krause ? — demande Inès.
– Je dirais six — répond Mylan.
Comme un défi, Inès accélère la cadence tandis qu’en bonne camarade Eva maintient la peau de son sexe en bas. Les étudiantes se délectent de la vue d’un si bel organe : long et épais, juste comme il faut, se disent-elles.
Le gland bien sorti, les testicules tendues et les muscles de ses abdominaux saillants, Mylan est une véritable planche d’anatomie.
Les gestes complémentaires des deux étudiantes ne font qu’augmenter la douce souffrance de l’homme, qui tente de se contrôler.
– Et là, tu es à combien ? — réitère Inès.
– Hum, sept — répond Mylan.
La jolie métisse redouble de minutie. Elle frictionne intensément le gland de Mylan tandis qu’Eva caresse ses testicules. Il se consume littéralement de plaisir sous leurs yeux.
Les deux femmes mouillent abondamment et s’abreuvent des soupirs lubriques du garçon.
– Je suis vers huit, neuf, là — prévient Mylan, les joues rosées.
Les filles se regardent d’un air complice puis stoppent les stimulations. Mylan pousse un râle de frustration.
– Wow c’était fou, j’ai tellement envie de jouir maintenant — s’écrie le garçon.
– Hum, tu es à combien là ? — redemande Inès.
– Sept — répond Mylan en reprenant ses esprits.
– On attend que tu sois à six et je passe la main à Eva — ajoute Inès, lançant un sourire à sa camarade.
– C’est bon, je suis à six — s’écrie Mylan impatient.
Les étudiantes s’enduisent de nouveau les mains de lubrifiant. Cette fois-ci, c’est Eva qui vient caresser le sexe du garçon la première. Mylan ne la lâche pas du regard. Elle fait coulisser ses doigts le long du beau membre. C’est tellement viril un sexe d’homme bandé, se dit-elle.
Inès la regarde faire, elle est excitée autant que jalouse. C’est à cet instant qu’elle se rend compte qu’elle s’était probablement un peu attachée à lui. Elle le veut pour elle. Elle se contente de maintenir son sexe bien droit, pendant qu’Eva explore minutieusement son gland.
– Tu es à combien Mylan ? — demande Eva.
– Neuf — gémit le jeune cobaye.
Eva place son pouce sur le frein du garçon et le frictionne intensivement. À cet instant, toutes sortes d’obscénités lui traversent l’esprit.
– Et là, tu es à combien ? — demande la jeune femme d’un ton espiègle.
– Neuf et demi — dit Mylan en soupirant.
Les étudiantes se regardent et d’un geste s’accordent. La complicité se mêle à la jalousie mais les deux filles veulent son plaisir. Le voir abdiquer, l’entendre s’éteindre, le voir jouir doucement entre leurs doigts…
Inès pose sa main sur son pubis qu’elle effleure lentement. Elle le connaît bien, elle sait ce qui le déclenche. De l’autre main, elle tient son sexe dressé. Mylan déborde de plaisir. Eva lui polit le gland à une cadence infernale quand soudain, il gémit :
– Dix, dix, putain, je vais jouir — s’exclame-t-il.
Ses abdominaux se contractent et dans une ultime ondulation, de son sexe écarlate jaillit le jet de sperme tant attendu. L’homme expulse sa semence en gémissant. C’est une déflagration de plaisir explose dans sa tête. Les endorphines inondent son cerveau comme une pluie tropicale. Et les deux étudiantes mouillent un peu plus leurs dessous tellement la scène est jouissive.
Eva est surexcitée, tandis qu’Inès accuse le coup.
Un peu plus tard, à l’autre bout du campus.
À l’internat, Anna est venue rendre visite à Jade. Les deux amies discutent, allongées sur le lit de la petite studette.
– Il ne t’a pas dit quand il reviendrait ? — Demande Anna.
– Non, il ne sait même pas lui-même.
– Ça sera en fonction de sa mère, elle a un cancer — ajoute la jeune femme, dépitée.
– Oh, c’est dur, le pauvre — dit Anna.
– Oui et je ne peux même pas le soutenir avec la distance.
Anna caresse machinalement les longs cheveux bruns de sa camarade lorsqu’elle aperçoit le téléphone de Jade vibrer sur le lit. Le nom de “Matmat” clignote sur l’écran verrouillé. Anna touche discrètement le bouton “Refuser” sur l’écran du smartphone.
– Et puis tu vois, quand il est là, je me sens… différente — explique Jade.
J’ai l’impression qu’il ne peut rien m’arriver.
– Après, tu sais, je suis là pour toi — lance Anna.
– J’adore quand il me caresse les cheveux comme tu le fais.
Et son petit regard moitié coquin, moitié gêné… J’aime trop — ajoute Jade.
Anna soupire, puis tourne la tête en direction de la fenêtre. Un quartier de lune éclaire déjà le ciel couleur cobalt.
– Qui y a-t-il, Anna ? Cela t’ennuie que je te parle de tout ça ? — demande Jade.
– Non, non ce n’est pas ça… C’est juste qu’on parle beaucoup de Mathéo.
– Ah… Et ça te gêne ? — questionne Jade.
– Non, non… mais je veux dire, je suis là, moi aussi — répond Anna, agacée.
Soudain, un silence s’installe. Anna fixe Jade intensément. Puis dans un élan de tendresse, elle plonge ses lèvres sur les siennes. Jade ne réagit pas aussitôt, elle est quelque peu décontenancée.
– Qu’est-ce que… qu’est-ce que tu fais, Anna ? — demande-t-elle.
– Excuse-moi, je ne sais pas ce qui m’a pris — répond Anna, embêtée.
Bon allez, il est tard, je vais rentrer me coucher — ajoute-t-elle.
Anna se lève et quitte la chambre sans dire un mot.
Le lendemain, dans l’amphithéâtre Alphonse de Sade. La professeure de gestion des émotions amoureuses donne un cours au deuxième année.
– Prenons l’exemple de la jalousie. Tout le monde ici a déjà ressenti cette émotion, au moins une fois dans sa vie. Dans l’enfance par exemple. C’est parfois très brutal, quand un autre enfant vole sous votre nez, la balançoire que vous convoitiez, pour s’y installer.
La jalousie se décompose en trois émotions primaires : la peur, la colère et la tristesse.
La peur de perdre l’être aimé ou l’objet désiré, la colère de voir quelqu’un d’autre en jouir et la tristesse de n’être plus celui qui a été choisi ou qui possède l’objet.
La jalousie est une souffrance pour celui qui la vit, mais aussi pour celui qui en est la victime.
En 1957, Mélanie Klein écrivait dans son livre “Envie et gratitude” que l’envie « est le sentiment de colère qu’éprouve un sujet quand il craint qu’un autre ne possède quelque chose de désirable et n’en jouisse ; l’impulsion envieuse tend à s’emparer de cet objet ou à l’endommager ».
En 1970, la communauté polyamoureuse Kerista en Californie, invente le terme de “compersion” : en combinant les mots « compassion » et « conversion ».
La compersion, selon les Kerista, est le sentiment de bonheur ressenti par une personne lorsqu’elle voit son partenaire éprouver de la joie ou du plaisir avec une autre personne qu’elle. Il s’agit donc d’une émotion tout à fait opposée à la jalousie, car au lieu de ressentir de la frustration ou de la colère, la personne compersive se réjouit sincèrement du bonheur de son conjoint.
Les étudiants boivent littéralement les paroles de Madame Sidoine.
– Tu arrives, toi, à ressentir ce qu’elle dit ? — demande Mylan à Martin.
– Je pense que je peux y arriver… Si je me fous de la personne — répond Martin en pouffant, suivi par son copain qui éclate de rire.
La professeure poursuit son cours.
– La compersion peut apporter de nombreux avantages, tant sur le plan individuel que relationnel. Elle peut, par exemple, renforcer la cohésion dans le couple. En soutenant le bonheur de son partenaire, on favorise une atmosphère bienveillante qui renforce les liens affectifs et la confiance mutuelle.
Mais alors, comment ressentir de la compersion ? Je crois que pour connaître ce sentiment, il faut d’abord comprendre ce qui nous rend jaloux et malheureux. En identifiant la source de nos angoisses, il sera plus facile de les dépasser et de les remplacer par des sentiments positifs.
Développer un sentiment de compersion requiert du temps et des efforts, car il implique de remettre en question nos croyances et nos habitudes. Cela nécessite de voir les choses depuis un autre angle.
Sans faire de généralité, on remarque que les couples pratiquant la compersion sont souvent plus épanouis que ceux basés sur la jalousie ou la possessivité.
À quelques pas de là, sur l’esplanade du campus, Anna profite des premiers rayons du soleil du printemps. Tom, le grand ami de Mathéo, s’approche en tirant intensément sur sa cigarette électronique.
– Coucou Anna, ça va, toi ? — demande le jeune homme.
– Oui super, je profite du soleil. Et toi ?
– Oui, ça va.
– Tu as des nouvelles de Mathéo ? — demande Anna.
– Oui, on s’est appelés hier. Apparemment, sa mère ne va vraiment pas bien.
– Merde — lance la jeune femme, dépitée.
– Oui, ce n’est pas cool, ce qui lui arrive.
Tu n’as pas vu Jade ? — ajoute le garçon.
– Si, elle arrive, pourquoi ? — demande Anna.
– Mathéo n’a pas réussi à la joindre hier soir, il s’inquiétait.
– Ah, c’est bizarre — répond la jeune fille l’air de rien.
– Bon, je vais à mon cours de Shibari, à toute — ajoute le garçon, se dirigeant vers les escaliers de béton.
Le jeune homme traverse la coursive principale, passe devant les petites salles de classe jusqu’à atteindre la sienne. À l’intérieur, les étudiants se familiarisent avec les cordes en lin, en chanvre et en jute qui trônent sur chacun des bureaux. Tom s’installe à une table sans un bruit.
– Bon, nous allons pouvoir commencer — s’écrie le professeur.
Étonnamment, ce dernier est particulièrement jeune, pour autant il semble sorti d’un autre temps. Très propre sur lui, il arbore un magnifique costume trois pièces rayé et une belle moustache en fourche.
– Le Shibari trouve son origine dans le Japon de l’ère féodale. À cette époque, il est pratiqué dans le but d’immobiliser et de punir les hors-la-loi.
Mais pourquoi attachait-on les prisonniers, au lieu de les enfermer ? Eh bien la raison est simple : au Japon du onzième siècle, le métal venait à manquer. Et impossible de construire des cellules sans métal.
La solution : entraver les fauteurs de trouble en place publique, à l’aide de cordes. Années après années, le Shibari s’est perfectionné jusqu’à atteindre le rang d’art. Le Kinbakushi, celui qui attache, devait respecter des codes bien précis permettant de savoir à quelle classe sociale appartenait le supplicié et quel crime il avait commis.
On n’attachait pas un seigneur comme on attachait un manant. Et on ne choisissait pas les mêmes nœuds pour punir d’un viol ou d’un meurtre.
Vous l’aurez compris, à l’origine, le Shibari était une forme d’art de la torture par les cordes. Parfois, elles étaient nouées de manière que le supplicié meure lentement et dans d’atroces souffrances. Pendu par les organes génitaux, la tête en bas. Je ne vous fais pas un dessin.
Ça n’est qu’au début du dix-neuvième siècle que le Shibari devient une forme d’art érotique au Japon. Ito Seiu, considéré comme le père du Shibari moderne, est le premier à avoir attaché quelqu’un dans le seul but de lui donner du plaisir.
En effet, Ito Seiu s’est rapidement aperçu que lorsque le corps était contraint, il sécrétait des endorphines qui procuraient plaisir et excitation. Il s’est donc adonné à cette pratique, d’abord avec sa femme, ensuite avec tout un tas d’adeptes qui s’étaient passé le mot. Le Shibari moderne était né.
À cette époque, l’érotisme était prohibé et personne n’en parlait ouvertement sous peine de finir en prison. Néanmoins, comme toute chose interdite, l’art du Shibari fascinait et il s’est rapidement répandu dans tout le Japon.
À quelques dizaines de mètres, derrière les grands murs, Jade a rejoint Anna sur le parvis de l’école. Les filles discutent l’air de rien.
– Tu as révisé le cours de paraphilies ? — Demande Jade.
– Mince, j’ai oublié et toi ?
– Mais non, pas du tout ! Il est trop compliqué en plus avec ses noms bizarres — répond Jade.
– J’ai la fiche des définitions, si tu veux, on en lit quelques-unes — propose Anna.
– Allez ! Vas-y, interroge-moi, tiens — ajoute Jade.
– Alors, un facile pour commencer : Candaulisme ? — demande Anna.
– Hum, ce n’est pas quand tu aimes voir ton partenaire coucher avec d’autres ?
– Si, c’est ça : “aimer regarder son/sa partenaire avoir des relations sexuelles avec un autre”
– Plus dur : Ondinisme ? — demande Anna.
– Hum, là, je sèche.
– Ce sont les personnes qui aiment l’urine — lance Anna en grimaçant.
– Ah oui, c’est vrai, beurk — fait Jade en riant.
– Pygophilie ?
– Hum, ce ne sont pas les fétichistes des seins ? — hésite Jade.
– Non, presque, ce sont les fétichistes des fesses !
– Ah oui ! Mince.
– Knismolagnie, il est dur celui-là — demande Anna.
– Je ne sais pas.
– Les personnes qui sont excitées par les chatouilles — répond Anna.
– Forniphilie ?
– Ah ça je sais ! Ce sont les personnes qui aiment forcer leur partenaire à devenir un objet — répond Jade.
– Oui, c’est ça ! Genre une table basse ou un tabouret pendant des heures, ça doit être tellement dur.
– C’est clair — ajoute Jade.
Soudain, Tom arrive par l’entrée principale. Tel un enfant, il saute les marches deux par deux.
– Hello.
– Salut Tom, ça va ? — demande Jade.
– Ouais nickel, je sors d’un TP de Shibari, c’était trop cool !
– Ah oui ? C’est bien ? J’aimerais trop essayer — dit Jade intriguée.
– Sérieux ? Bah il nous a donné des exos pour la prochaine fois. Il faut qu’on s’entraîne à faire les nœuds, tu veux être ma modèle ? — demande Tom.
– Mais oui, ça me dirait trop — répond Jade en regardant Anna.
– Je veux bien voir moi aussi — ajoute Anna.
– Jeudi soir, j’aurai du temps, donc si vous voulez, on se retrouve dans ma chambre et on teste ! — répond Tom.
– Allez ! — lancent les jeunes filles conquises.
Le lendemain matin
Bzzz Bzzz – Un téléphone vibre dans une poche. Jade palpe son pantalon et en retire le smartphone.
– Allo ?
– Salut Jade…
Le silence résonne.
– Mathéo ? C’est toi ? — lance la jeune femme un sourire aux lèvres.
– Ça va, chouchou ? — demande le garçon.
– Je suis trop contente, ça va et toi ?
– Oui ça peut aller… — répond Mathéo d’un air grave.
– Comment va ta maman ?
– Ça va, c’est stable pour l’instant. Il faut que je te dise quelque chose Jade.
– Quoi, qu’est ce qu’il se passe ? — lance la jeune femme angoissée.
– Je… Je ne vais pas revenir à l’école.
– Mais… Pourquoi Mathéo ?
– Ma mère commence un nouveau traitement, ça va prendre du temps… Je suis désolé.
Les sanglots de Jade éclatent dans le combiné.
– Je suis désolé, Jade, je suis obligé de faire ce choix.
Le silence prend doucement la place des mots.
– Je t’embrasse fort Jade, je t’aime.
Le visage de Mathéo disparaît de l’écran. Jade pleure toutes les larmes de son corps, la douleur qu’elle ressent est palpable tout autour d’elle. Pourtant, le printemps bat son plein et sur le campus, l’atmosphère est douce. Quoi de plus cruel ? Lorsque la vie vous assène de coups, mais que le monde continue de tourner.
La fin de l’année pointe doucement le bout de son nez. Les étudiants s’apprêtent à passer leurs derniers partiels avant de retrouver leur famille pour les grandes vacances.
Le jeudi soir arrive. Les larmes ont séché, Jade est dans la deuxième phase de son deuil amoureux : l’acceptation. Inconsciemment, elle sent que sa survie psychique dépend de sa pulsion intérieure. Sa solution ? S’enivrer, de tous les plaisirs. Afin d’apaiser momentanément sa douleur.
Dans la petite chambre de Tom, Anna est près d’elle. Une odeur d’encens embaume la pièce. Le garçon joue des coudes pour préparer ses cordes. Il a placé deux tapis de yoga au centre de la pièce, autour desquels sont disposés quatre tas de cordes.
L’apprenti attacheur explique le déroulement de la séance, comme le lui a appris son professeur.
– C’est OK pour toi, Jade ? — demande-t-il ?
– Oui oui, est-ce que je dois me mettre en sous-vêtements ? — demande la jeune femme.
– C’est comme tu préfères, mais c’est mieux pour ressentir les cordes.
– Ok, ça me va.
Anna effleure du regard le corps mirifique de son amie qui se déshabille. Quand la beauté est là, elle ne laisse aucun doute, elle éclate aux visages de ceux qui l’entourent.
Tom s’assoit en tailleur, derrière la jeune femme qui détend ses jambes. Il réchauffe ses mains en les frictionnant l’une contre l’autre.
– Jade, tu n’hésites pas à me parler à tout moment, hein ? — rassure le jeune homme.
– D’accord — fait la jeune fille, légèrement anxieuse.
Le garçon pose ses mains sur les épaules de sa camarade. Puis, il saisit une corde et commence par la nouer autour de sa taille. Dans le même temps, il feuillette son carnet de notes, rempli de petits dessins, représentant les différentes techniques de nœuds. Son souffle parcourt le cou de la jeune femme qui prend un plaisir infini au contact des cordes contre sa peau. Le moment est aussi sensuel que délicat.
Après quelques dizaines de minutes, Jade est déjà bien entravée. Les cordes forment de beaux motifs autour de ses jambes, sa poitrine, ainsi que ses bras, noués dans son dos.
– Ça va ? — demande consciencieusement le garçon.
– Oui ça va, je sens la contrainte des cordes, elles sont douces et rêches à la fois, c’est une sensation particulière.
– OK. Es-tu d’accord pour que l’on te caresse avec Anna ? Je précise qu’on ne parle pas de caresses sexuelles.
– Oui, je veux bien — répond la jeune femme.
Dans l’art du Shibari érotique, il y a toute une partie dédiée aux *kinks. Chacune des pratiques est soumise au consentement des participants, à l’aide d’un questionnaire très détaillé à remplir avant la séance.
La personne qui se fait attacher peut choisir de subir : caresses, chatouilles, griffures, brûlures, impacts… mais aussi regards, humiliation, trash talk, masturbation ou encore rapports sexuels. La liste est infinie.
Les deux camarades se rapprochent de la jeune prisonnière. Tom se saisit d’un plumeau et commence à parcourir le corps de Jade qui ferme les yeux.
Anna est submergée par l’excitation, à tel point que ses dessous sont déjà trempés.
Elle fixe Jade un instant, la jeune femme lui semble offerte. Cette douce sensation la transcende. Elle approche sa main et effleure sa peau. D’abord son bras puis son cou avant de terminer sur sa cuisse.
Tom caresse la plante de pied de Jade. Puis, il remonte le long de ses jambes. Elle soupire… l’excitation monte en elle comme la lave d’un volcan.
Tom et Anna se jettent un regard complice puis poursuivent leurs caresses.
– Jade, est ce que tu consens à ce que je caresse ton sexe — demande Anna.
– Oui, je crois que j’en ai de plus en plus envie — répond la jeune femme.
Anna approche doucement sa main du sexe de sa copine, puis la pose entre ses cuisses. La chaleur envahit le bas ventre de Jade, qui frissonne. Anna pratique de petites rotations à travers sa culotte, Jade commence à soupirer. Tom assiste à la scène saphique.
– Jade, je meurs d’envie de caresser tes seins — lâche le jeune homme.
– Vas-y — répond la jeune femme en transe.
Vous avez carte blanche — ajoute-t-elle.
Le garçon approche ses lèvres de la bouche de Jade puis y dépose un baiser. D’un geste doux, il glisse ses doigts sous le soutien-gorge de la belle. Ses mains entrent délicatement dans son bonnet puis viennent chercher la pointe de ses tétons.
Elle frissonne, enserrée de toutes parts, sa tête tourbillonne sous l’effet des endorphines.
Anna, qui a décalé sa culotte, stimule désormais son clitoris avec ardeur. Jade s’approche doucement de la jouissance tandis que Tom stimule ses mamelons. Elle se cambre et se tortille sous le plaisir. La scène est douce autant qu’obscène. Jade mouille à grandes eaux, le tapis en est trempé. Elle commence à gémir tant les caresses sont intenses.
Anna se penche entre les cuisses de son amie puis elle lèche langoureusement son sexe. Sa langue parcourt l’intérieur de ses lèvres avec ferveur. Jade exulte, la contrainte la rend folle autant que les caresses. Elle ouvre les yeux pour s’abreuver un peu plus de la scène. Elle aperçoit la queue de Tom bandée dans son pantalon.
– Tom, approche-toi de mes mains — lance-t-elle.
Le garçon avance son bassin jusqu’à coller son sexe contre les mains de Jade, qui commence à le caresser. Les pupilles d’Anna se dilatent sous l’excitation. L’étudiante de première année, qui a fait sa rentrée il y a un peu moins d’un an, est en train de vivre une vraie révélation. Elle prend conscience que son désir se dirige définitivement vers Jade et vers les femmes en général. Ne serait-ce pas là la cause de tous ces questionnements ? La source de son mal-être et de son sentiment de différence ?
À mesure que Jade gémit sous le plaisir qu’elle lui procure, Anna prend conscience qu’elle est éprise de sa camarade. Et que ce qu’elle pensait n’être que de l’amitié depuis le début était en fait… de l’amour.
Le trio endiablé s’approche doucement du point de non-retour. Les mouvements s’accélèrent, les soupirs s’enflamment et les yeux se révulsent.
Soudain, Jade se met à jouir, elle tremble au milieu des cordes. Anna glisse une main dans sa culotte et en quelques secondes, elle jouit à son tour. Tom attrape sa queue et la secoue vivement, il explose presque instantanément tant la tension en lui était grande.
L’amour enveloppe les corps, les angoisses s’apaisent et les questions trouvent des réponses.
La lumière de la pleine lune a envahi le ciel au-dessus du campus. Les feuilles bruissent à la cime des arbres sous le vent chaud qui les traverse.
L’année scolaire est sur le point de se terminer, les aventures qui vont avec aussi. Jusqu’à la prochaine rentrée où tout recommencera.
Réponse aux questions des partiels :
Question 21 : Le clitoris, les grandes lèvres et les petites lèvres.
Question 22 : Le périnée, ou « plancher pelvien ».
Question 23 : L’aréole.
Question 24 : Les glandes de Bartholin ou glandes vestibulaires.
Question 25 : C’est la zone en forme de V que l’on trouve juste sous le vagin.
Question 26 : Le gland du clitoris se trouve en position antérieure du méat urétral.