
“Le temps s’en va, le temps s’en va, madame ; Hélas ! Le temps, non, mais nous nous en allons.” Pierre de Ronsard — Continuation des amours
Se mettre en mouvement, avancer, essayer de suivre le monde qui court, le temps qui file, les notes qui se suivent, s’arriment et s’enchaînent…
Tenter, échouer, répéter, apprendre, se perdre puis… aimer.
Concéder, concilier, s’oublier et se faire mal.
Se battre… encore, abandonner, se fermer et mourir.
Se réveiller, se bousculer, tout casser, renaître et enfin… guérir.
Explorer, se brûler… à vif, vivre passionnément, danser, rire, courir et regagner le temps… perdu.
AUDITORIUM de Lyon, début de l’hiver — 2024
La musique résonne dans l’immense pièce revêtue de panneaux de bois.
Mélina serre son annulaire autour de l’archet. Elle pince subtilement les cordes de l’instrument qui sonne tel un poème. C’est la réplique d’un Pietro Guarneri di Mantova de 1704, fabriqué par un luthier Berlinois. Le son qui en émane est unique au monde, comme tous les grands instruments. Mélina est premier violon second soliste, de l’orchestre National de Lyon, elle manie son “Pietro” d’une main de maître.
Le “Finale, Allegro molto” de la troisième symphonie de Beethoven débute par un pizzicato. La musicienne contrôle ses gestes parfaits, dans une concentration maximale.
« Eroica » est le deuxième nom qu’avait choisi Beethoven pour cette Symphonie furieuse et passionnée à la gloire de la Révolution française.
Elle rappelle étrangement à Mélina : sa vie.
La jeune femme est issue d’une famille très conservatrice. Danse, musique, équitation, catéchisme… La totale. Son enfance ressemble plus à la préparation d’un concours qu’à une période d’insouciance.
Mélina s’est mariée jeune, afin d’échapper à ses parents, sans vraiment réfléchir à ce qu’elle voulait. Elle a rendu tout le monde heureux, mais au fond, elle s’est un peu oubliée.
Dix ans plus tard, son couple a explosé en bonne et due forme. Son mari n’a pas compris l’orage de reproches qui s’est abattu sur lui.
Depuis, cette brindille aux cheveux châtains et aux yeux verts, jouit de sa liberté sans limites, elle croque la vie avec passion. À la manière de cette partition qu’elle dévore du bout des doigts.
Désormais, ses désirs et ses envies priment, le regard des autres l’importe peu et la musique est tout ce qu’il reste de son ancienne vie.
Depuis l’autre versant de l’orchestre, Romain observe les mouvements de la jeune femme. Son regard alterne entre les rangées de notes et le visage élégant de la violoniste concentrée.
L’homme est violoncelliste, il domine son instrument du haut de son mètre quatre-vingt-dix. Blond et athlétique, il a l’allure d’un Viking, pour autant, c’est un homme au caractère subtil et audacieux.
Il a intégré l’orchestre il y a peu et il prend encore ses marques. La musique est un passe-temps plus qu’une histoire de vie pour lui.
Il aime le vin, le whisky et les échecs. Magnus Carlsen est son mentor, même s’il n’apprécie pas le petit côté arrogant du Champion du monde d’échecs.
Romain révère la fragilité des êtres, il préfère les brindilles aux chênes. Et, entre ses avant-bras puissants, peu de femmes peuvent dire qu’elles se sentent en insécurité.
Les battues du chef d’orchestre s’amoindrissent puis il descend sa baguette vers le bas. C’est le signe que le morceau touche à sa fin. Le son faiblit, les musiciens sourient, l’émotion est palpable dans la grande salle.
Mélina ouvre les yeux, elle tremble encore tant la musique la transcende.
La pièce se vide peu à peu, certains s’éloignent pour discuter, tandis que d’autres vont fumer dehors.
Romain lance un regard dans sa direction. Elle fait mine de ne pas le voir. Il tente subtilement de faire comprendre à la soliste qu’elle lui plait.
Mélina reste près de son poste, elle s’étire lascivement les épaules puis les bras. Romain est loin de la laisser indifférente, mais la jeune femme ne montre rien. Elle aime ce jeu de chat et de souris. Le frottement de son chemisier contre sa poitrine la fait réagir et ses tétons se mettent à pointer. La soliste en joue, elle ondule sensuellement sur sa petite chaise l’air de rien. L’homme s’abreuve de ses formes délicieuses qu’il rêverait volontiers de goûter.
Il hésite à se lancer, mais lorsque l’impulsion de son audace se manifeste enfin, le chef d’orchestre réclame le silence.
La pause est terminée, la répétition s’apprête à reprendre au doux rythme des menuets. Mélina lève les yeux pour vérifier si le violoncelliste la regarde, mais l’homme s’affaire déjà sur son volumineux instrument.
La mélodie reprend, l’orchestre s’agite et les notes s’accouplent de nouveau.
La queue de pie du chef d’orchestre virevolte sur ses hanches. Le visage du violoncelliste apparait par intermittence à travers l’orchestre.
Il lève enfin la tête lorsqu’il aperçoit le regard de Mélina sur lui, mais elle tourne les yeux, faisant mine de ne pas l’avoir vue.
L’homme sourit, tout en persistant dans sa direction. La jeune femme redresse la tête et cette fois leurs regards se croisent. Aucun doute ne subsiste, elle l’a remarqué et lui aussi.
Le chef d’orchestre engage les instruments à cordes frottées dans un Tutti magistral. Romain plonge dans le mouvement, tandis que Mélina se concentre sur son solo. Le son émis par son violon est semblable à la voix d’un ange qui s’élève au milieu de l’auditorium. Le jeu musical prend le pas sur le jeu de séduction. Les artistes sont en communion avec leurs instruments. Plus rien ne compte désormais, excepté l’hommage à la mélodie de l’héroïque Symphonie.
Rue Bossuet, appartement de Mélina — Le soir même – 2024
La buée embaume le grand miroir. Mélina laisse glisser l’écume blanche le long de ses jambes. L’image du beau blond l’obsède. Ses cheveux brillants, ses bras puissants, son air concentré lorsqu’il embrasse son violoncelle… Tant de petits détails qui l’intriguent autant qu’ils l’attirent. Elle frissonne, l’eau de son bain s’est rafraîchie. La musicienne pousse le mitigeur et ajoute quelques litres de liquide brûlant. Elle pose la main sur son ventre puis la laisse glisser le long de son pubis. Le désir s’installe doucement en elle. Elle effleure ses lèvres comme on caresse les cordes d’un violon.
Bientôt, l’index de la soliste tournoie sur son clitoris gonflé. Ses pensées cherchent inlassablement les images du beau musicien : sa bouche dessinée, ses yeux en amandes, ses fesses puissantes et rebondies… Le plaisir monte délicieusement en elle. Ses yeux se ferment et s’entre-ouvrent par intermittence. Elle imagine les mains de l’homme effleurer son corps en demande. D’un geste, elle ouvre le mitigeur puis se saisit du pommeau de douche et le braque entre ses cuisses. Ce délicieux supplice la projette instantanément aux portes de la jouissance. La jeune femme fait tournoyer le jet chaud et puissant contre son clitoris enflammé. Tandis que ses gémissements de plaisir résonnent dans la pièce embuée. Ses pensées deviennent obscènes puis ses jambes se mettent à trembler et dans un dernier élan de désir, elle jouit intensément.
AUDITORIUM de Lyon, quelques semaines plus tard – 2024
Les premiers spectateurs entrent dans la grande salle. Le bruit sourd des instruments qui claquent contre leurs socles est entrecoupé par le friselis des partitions. Mélina est arrivée en avance pour cette “générale” qui a lieu devant un public d’avertis. Elle contrôle son précieux violon dans les règles de l’art. Le corps, l’ouïe, les éclisses, le manche, la volute, l’archet…
Puis, à son habitude, elle s’échauffe les membres supérieurs, en commençant par les épaules, les poignets et en terminant par les mains et les doigts.
Ses yeux se ferment et elle entame une série de notes du Sol au Mi. Une manière pour elle de régenter le stress qui commence à affluer.
Son archet glisse sur la chanterelle, à quelques minutes du début de la représentation, dans un mi-mineur délicat. Soudain la plus petite des cordes de son violon, cède dans un crissement sourd.
Son cœur s’emballe et ses mains se mettent à transpirer. Mais dans sa qualité de professionnelle, elle est entraînée à gérer ce genre d’impondérable. Elle effectue avec sang-froid les gestes qu’elle a répétés de nombreuses fois.
Ouvrir le sac, repérer la corde de remplacement. Desserrer la cheville puis introduire le filage d’argent. Ses mains se mettent à trembler, elle n’arrive pas à insérer la nouvelle corde dans le trou de cheville.
Elle balance son bras pour tenter de calmer les spasmes qui l’assaillent. Puis, elle réessaie. Dans une grande délicatesse, un bras puissant saisit ses doigts. Elle ressent immédiatement une décharge d’adrénaline inonder son corps. Elle tourne la tête et tombe nez à nez avec Romain. Le violoncelliste ne prononce pas un mot. Son parfum sucré, aux notes de cèdre et de cardamome, envoûte instantanément la musicienne. L’homme conduit la main de la jeune soliste vers le manche du violon tandis qu’elle insère la corde dans le trou puis tourne la cheville vers la tête de l’instrument. Ce dernier est de nouveau opérationnel. Elle se retourne pour remercier l’homme, mais Romain est déjà à quelques mètres. Elle caresse ses fesses du regard tandis que son cœur bat la chamade.
Le chef d’orchestre réclame le silence dans la salle. Le mouvement symphonique commence par un grand vacarme des cordes, Mélina le connaît par cœur. Elle reprend peu à peu ses esprits tout en se plongeant dans la mélodie. Le concert défile et la magie de la musique opère.
Bientôt, les applaudissements ne s’arrêtent plus. Le public est debout, le sourire aux lèvres. Le spectacle était intense.
Mélina tente en vain d’apercevoir Romain à travers les rangées de musiciens qui s’inclinent. Mais l’homme a disparu. L’euphorie ralentit progressivement, les spectateurs se rassoient puis rassemblent leurs affaires. L’auditorium se vide doucement et le silence emplit les lieux. La soliste fait partie des derniers musiciens à quitter la grande salle.
Son esprit vogue au rythme de ses pas le long des sombres allées, tapis de velours rouge.
Arrivée à l’angle d’un couloir, la musicienne tombe nez à nez avec le beau blond. À cet instant, leurs regards suffisent. Et sans un mot, Romain l’empoigne et l’embrasse fougueusement. La jeune femme se laisse faire. Le désir des deux amants explose comme un feu d’artifice. Leurs bouches se dévorent et leurs corps se compriment. Le bruit seul, des vêtements qui se froissent, résonne dans les couloirs silencieux.
Mélina sent la queue de Romain durcir contre sa cuisse tandis qu’il tente de lui ôter son gilet. Sa bouche baise littéralement son cou, entre deux soupirs. L’intensité du moment est rare et leurs gestes s’accélèrent dans un accès de frénésie.
Soudain, la jeune femme prend les devants, elle s’agenouille, puis défait la ceinture du pantalon du musicien et sort délicatement son sexe. Elle lui jette un regard noir, puis prend sa queue, déjà à moitié dure, en bouche.
Romain lâche un râle de plaisir. Elle attrape ses testicules, puis le suce énergiquement. La scène devient vite torride. Toute l’énergie de ces jeux de regards, accumulée durant de longues semaines, se déchaîne enfin, comme un élastique qui claque.
Elle le masse, le lape, le lèche, l’aspire comme une furie. L’homme subit les lèvres de la jeune femme qui le suce avec ardeur. Il saisit ses cheveux et accompagne sa tête qu’il compresse contre son pubis. Elle remplit sa gorge de l’organe du beau mâle qui exulte.
- Vas-y continue, suce-moi bien jusqu’au fond — lâche le musicien.
Les bruits de gorges résonnent dans le petit couloir.
- Tu aimes me faire du bien ? — ajoute-t-il encore.
- J’adore ! — répond la jeune femme entre deux coups de langue.
La fellation est intense et Romain se sent venir. Il attrape alors les cheveux de Mélina et la hisse jusqu’à son visage. Il l’embrasse fiévreusement, puis la fait pivoter et la plaque contre le mur. Il empoigne ses seins par-dessous ses vêtements et longe ses bras jusqu’à saisir fermement ses poignets qu’il verrouille au-dessus de sa tête.
L’intérieur des cuisses de la musicienne est trempé lorsqu’il colle son sexe entre ses fesses.
Le souffle de l’homme, brulant de désir, sillonne son cou comme un loup aux abords de sa proie.
D’un geste ferme, il descend sa culotte et la pénètre violemment. La jeune femme gémit tandis qu’une douce chaleur envahit ses cuisses.
- Alors, tu l’aimes ma queue, petite salope ? — murmure l’homme.
- Je l’adore — hurle la musicienne ivre de désir.
Leur coït devient féroce, à l’image d’un accouplement sauvage et dénué de tendresse. Ils s’infligent de violents coups de reins mutuels. Mélina lance ses fesses contre le bassin de Romain qui ondule en elle.
Il claque violemment sa croupe d’une paume de main tandis que ses couilles giflent sa vulve à chaque va-et-vient.
- Oh oui, baise-moi comme une petite chienne — soupire la violoniste.
L’homme tamponne les fesses de son amante tandis qu’il sent l’orgasme monter comme une tempête derrière la jetée.
- Je… vais… jouirrrrrrrr ! — hurle-t-il à bout de souffle.
- Vas-y putain, jouis dans ma petite chatte — crie-t-elle à son tour.
La fureur a remplacé l’amour et le plaisir atteint désormais son paroxysme. Les amants jouissent en chœur, dans une symphonie de gémissements, furieuse et libératrice.