
Manon, son truc, c’est de se faire mater.
Ne me demandez pas pourquoi elle aime ça, je serais bien incapable de vous l’expliquer.
Elle brûle d’envie d’être effleurée par les yeux d’inconnus. Elle fond de plaisir de sentir un regard s’abandonner sur sa peau. Cette sensation veloutée, autant qu’acide, d’être goûtée des pupilles. Mais le plus envoûtant pour elle, c’est d’infliger la tempête de ses désirs à de parfaits inconnus. Graver sa cambrure et inscrire ses courbes au plus profond de leurs rétines.
C’est probablement pour cela qu’elle a accepté la proposition de Thomas. Son petit mec du moment. Elle l’a rencontré sur un site. Pas très original, ni romantique comme rencontre. Mais finalement : c’est pratique. Et puis, elle l’aime bien.
Le jeune homme l’a invitée à faire l’expérience d’un club libertin. C’est la première fois pour elle. Lui en a déjà fréquenté quelques-uns. Non pas qu’il soit un habitué, loin de là. Mais, il a quelques années de plus et aussi quelques paires d’expériences.
Ça tombe bien, elle préfère se laisser guider, pour une première.
Les calendriers se croisent puis la date est posée. Les semaines passent, et le grand soir arrive.
C’est ce soir, oui, un jeudi : soirée couple. C’est mieux pour commencer, même s’ils ne sont pas vraiment en couple.
Dans la rue, Thomas tient Manon par la main. Leur complicité embaume l’air comme un doux parfum. Le trottoir se resserre et dans un élan protecteur, il se glisse devant elle. Encore quelques pas et le vigile pourra les scruter de la tête aux pieds. Le cœur de la jeune femme se resserre lorsqu’elle traverse l’entrée. La musique s’engouffre dans ses oreilles et l’atmosphère la séduit.
Un petit groupe de clients dansent là-devant, quelques couples sont assis au bar, d’autres discutent dans les grands fauteuils noirs, près des escaliers.
- Qu’y a-t-il en haut ? — Demande Manon.
- C’est le coin câlin — lui répond Thomas, un sourire aux lèvres.
La jeune femme le regarde et répond à son sourire.
Les amants attrapent leurs verres au bar puis s’éclipsent dans les escaliers.
C’est un véritable monde qui s’ouvre pour Manon. La phrase que Thomas lui a répétée remonte dans son esprit comme un totem : “Tu verras : là-bas, tout est possible, mais rien n’est obligatoire”.
La jeune femme se sent vulnérable et excitée à la fois.
Son regard divague devant les différentes pièces qui défilent sous ses yeux. Elle est intriguée face à la fausse infirmerie, dont le décor semble plus vrai que nature. Elle frémit devant la chambre opaque, entièrement capitonnée de moquette, dont les murs sont recouverts d’accessoires. Mais son cœur vacille pour la petite pièce habillée de miroirs, dont la porte est une vitre sans tain. Être vue sans voir : la quintessence de ses fantasmes.
- On se met là ? — Lance-t-elle spontanément.
- Tu veux ? — Répond-il, interloqué.
- Oui… — Ajoute-t-elle, d’un ton décidé.
Les amants s’installent dans la chambrette cosy à la déco futuriste. Manon retire son pull la première. Elle n’a pas de soutien-gorge. Ses seins rebondissent sous l’effet de la gravité, comme deux pommes qui tombent d’un arbre. Thomas les empoigne, puis rapidement les embrasse. La jeune femme poursuit l’effeuillage en retirant sa culotte, tout en gardant sa jupe. Elle se cambre, puis entre-ouvre ses jambes comme une invitation. Les caresses pleuvent et les baisers déferlent.
Thomas descend maintenant sa bouche sur son pubis puis il plonge en elle. La langue du jeune homme danse entre les cuisses de la belle, au rythme de ses soupirs. Le couple ondule comme une seule personne. Ici ou ailleurs, leur passion semble intacte. Derrière la porte, Manon aperçoit déjà les hiatus de lumière. Ses yeux se révulsent à l’idée de savoir que des inconnus la caressent du regard.
La porte vacille sous la pression des corps qui s’agglutinent devant la scène. La jeune femme réalise ce qui est en train de se passer. Elle jubile tandis que Thomas lui jette un regard enflammé. L’homme est heureux de pouvoir vivre ce moment de fantasme avec elle.
On imagine facilement le ballet sensuel qui se déroule dans la pièce. Mais pour les quelques chanceux qui y assistent, le spectacle est torride. Derrière la glace à sens unique, l’excitation monte et les mains se baladent. Deux couples, quelques hommes seuls et une femme sont en train de se consumer de désir.
À l’intérieur, Thomas s’est mis à genoux, il commence à se caresser doucement. Manon, à quatre pattes devant lui, s’affaire sur son sexe. Elle le lèche de bas en haut tout en abreuvant le garçon de regards lubriques. Sa bouche s’attarde sur ses testicules qui se dilatent de plaisir. Elle empoigne son gland qu’elle masturbe fiévreusement. Le jeune homme exulte tandis que les miroirs diffusent son plaisir aux quatre coins de la chambre.
À l’extérieur, l’une des femmes serre l’entre-jambe de son mari tandis que, main dans la culotte, il lui rend la pareille. Une autre se mord les lèvres sous la vision de Thomas, dont le sexe est bandé telle une flèche prête à crever le ciel. La cambrure et les frissons du jeune homme transpirent la luxure.
Manon s’est changée en succube, mains dans les cheveux, elle ondule sur le corps du garçon désormais allongé sur le dos. Le chanceux contemple non seulement sa complice devant lui, mais également dans les miroirs suspendus au plafond. Ici tout est fait pour jouir.
Peu à peu, leurs gémissements embrasent l’auditoire, partagé entre l’envie de les imiter et celle de rester jusqu’à la fin.
Mais il est trop tard pour s’éclipser, Manon s’envole dans une explosion de jouissance incontrôlée. La jeune femme hurle à la mort comme si elle était possédée. Thomas, déclenché par sa complice, ne tarde pas à suivre. Leurs corps mêlés se soudent, sous le plaisir qui jaillit de toutes parts. Et tandis que l’orgasme des amants se reflète partout, le public s’enivre de ce spectacle renversant.