
La grande salle empreinte de noir est à demi vide. Les séances de deuxième partie de soirée n’attirent que peu de monde, surtout en pleine semaine.
Mathis n’a pas choisi le film pour la qualité de son scénario. Mais parce qu’il se déroule en partie la nuit.
Moins la lumière blanche frappe les sièges et plus ses mains peuvent descendre sur l’arrière galbé des cuisses de Zoé.
Cette fois, il veut à tout prix éviter le « code Rose ». Le mois dernier, ces salopards d’agent de sécurité l’avaient capté et s’étaient passé le mot. Jusqu’à débouler dans la salle en chuchotant entre eux : « On a un code Rose, je répète code Rose » : « Monsieur, madame, vous devez calmer immédiatement vos ardeurs, sous peine d’être exclus du cinéma ».
Il a retenu la leçon, un temps, et son ex-copine aussi.
Mais Mathis est têtu… et surtout, il ne peut s’empêcher de se rapprocher de Zoé.
Depuis qu’il l’a rencontrée, c’est une fusion totale et permanente. Leur désir crève le plafond pour ne pas dire le ciel. N’importe où, n’importe quand, entre eux, c’est hormonal, viscéral, bestial, buccal, lingual… et tant d’autres mots en « al » que j’évite de citer ici.
Zoé s’est penchée sur son épaule. Elle veut le respirer un peu plus. Sentir son odeur qui la fait chavirer : douce et sucrée.
Leurs mains, agrippées au milieu de l’accoudoir, se livrent déjà à une danse passionnée. Ouvertes puis serrées, elles s’effleurent, se caressent et s’empoignent à la manière d’une étreinte.
Mathis ne résiste plus à l’envie de déposer ses lèvres dans le cou de sa belle. Rose d’émotion, Zoé lui tend sa bouche. L’ivresse de leurs corps monte d’un cran.
Comme l’avait prévu le garçon, le film n’a plus grand intérêt. Les acteurs ont disparu sous les coups de langues.
C’est désormais l’avidité de leur passion qui écrit la suite du scénario. Leurs mains se faufilent sur leurs jambes puis rapidement entre leurs cuisses. C’est à cet endroit qu’ils veulent être frôlés, caressés, plus fort, plus loin. Leur peau tout entière n’est plus qu’un faisceau d’une sensibilité orgasmique.
Leurs vêtements sont de trop, les sièges aussi, les gens, la salle, le cinéma…
Il n’existe plus que l’envie de faire corps, d’être l’un dans l’autre, la puissance de pénétrer et d’être pénétré.
D’un geste délicat, Mathis glisse ses doigts sous la jupe de la jeune femme. Puis, il les insère dans sa petite fente détrempée. Les deux amants ont disparu au fond de leurs sièges.
Zoé lâche un soupir, son cœur bat la chamade. Elle vibre sous le plaisir autant qu’elle panique à l’idée de se faire prendre.
Elle regarde subrepticement Mathis, il a les joues rosées et lui sourit timidement dans la pénombre.
Elle répond à son sourire, puis d’un geste tendre déboutonne son pantalon.
Ses lèvres tièdes se posent sur son sexe enflammé. Le jeune homme soupir et râle, mais se retient de gémir plus fort. La belle joue avec sa langue tandis que les doigts du garçon s’affairent sur sa vulve. Chacun de leurs gestes est une petite jouissance tant leur corps est sensible. Leurs va-et-vient deviennent de plus en plus perceptibles quand soudain, une porte s’ouvre.
“Code rose, code rose, code rose” chuchotent les deux vigiles munis de lampes de poches.
Cette-fois encore, l’audace et la fougue ne l’ont pas emporté. Mathis et Zoé retiendront-ils la leçon ?
Dédicace aux personnels des salles de cinéma.