
Chapitre 1
Ecouter « La vie rêvée – Chapitre 1 » en Livre audio :
“C’est nous…”, s’écrie Annabelle, frappant contre la porte de mélaminé blanc.
“Coucou ma chérie ! Entrez, entrez !”, répond sa mère qui vient d’ouvrir.
La quinquagénaire en tablier de cuisine tend sa joue fardée de rose. L’atmosphère embaumée par l’odeur du rôti, mélangée à “l’air du temps” de Nina Ricci, a tout d’un dimanche en famille.
La maman : “Salut Loïc, tu vas bien ?”
Loïc, poliment : “Ça va, ça va, merci Christine”
La maman (Christine) : “Alors et toi ma chérie, comment tu vas ? Est-ce que…”
Annabelle agacée : “Non… maman, mais tu vas pas me poser la question à chaque fois !? Je te le dirai quand je serai enceinte !”
La maman (Christine) : “Chérie tu sais bien qu’il s’agit de quelque chose d’important pour nous…”
Annabelle agacée : “Parce-que pour nous ça l’est pas ?”
La maman (Christine) : “Je suis désolée, excuse-moi, mais tu le sais, je ne veux pas que ce sujet soit…”
Annabelle lui coupant la parole : “…un tabou dans la famille… Oui je sais !”
La maman (Christine) : “Voilà, tu le sais”
La maman (Christine) : “Bon, venez on va prendre l’apéritif.
Le papa : “Comment vont mes enfants préférés ?”
Annabelle : “Ils sont fatigués, mais ils vont bien”
Le papa joyeux : “Oh, la fatigue et oui c’est normal quand on travaille, ça fait bien longtemps que ça ne m’est pas arrivé. Et toi Loïc, la forme ?”
Loïc : “Ça va Louis, merci et vous ?”
Le papa (Louis) lui comprimant la main : “Mieux que le temps !”
Loïc : “C’est vrai qu’il pleut depuis au moins une semaine”
Le papa (Louis) : “Oui ohh, ça fait du bien au jardin !”
Les fenêtres sont ouvertes, aujourd’hui il fait beau mais encore un peu frais, c’est le début du printemps. Le jeune couple dépose ses chaussures sur le carrelage de grès orangé puis se dirige vers la salle à manger. Christine fouille bruyamment dans le buffet qui trône à l’angle du salon.
Christine : “J’avais prévu des boissons sans alcool au cas où, mais… Bon, qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? Loïc ?”
Loïc : “Un Whisky, vous auriez ?”
Christine : “Bien sûr ! Et toi ma chérie qu’est-ce que tu veux ?”
Annabelle : “Hum… une bière !”
Christine : “Tu bois encore de la bière à ton âge ?”
Annabelle agacée : “Mais… parce qu’il y a un âge pour ça ?”
Christine : “Non m’enfin, bon… Je ne dis plus rien ! Louis, tu veux un apéritif ?”
Christine en criant : “Louiiiiis, je te demande si tu veux un apéritif !”
Christine s’adressant aux jeunes : “Il devient de plus en plus sourd, c’est pénible !”
Louis : “Oui sers-moi un petit jaune tiens”
Les verres tintent, l’heure est au déjeuner en famille. Pourtant, Annabelle n’est pas vraiment là. La vérité, c’est que la jeune femme aimerait être partout sauf ici.
Elle plonge les yeux sur son téléphone qui vibre et s’éclaire. Son cœur s’emballe, c’est un message de Théo. Elle repense à cette soirée de vendredi dernier, pendant laquelle elle a rencontré le jeune homme, puis elle rougit.
Ses lèvres étaient si douces et son odeur plus qu’envoûtante. Elle aimerait être dans ses bras à cet instant, partager son sourire et toucher sa peau.
“Il doit savoir utiliser ses mains comme personne” pense-t-elle.
Rien qu’en imaginant les massages qu’il pourrait lui faire, elle devient humide.
“En même temps un Ostéo ne peut être qu’un excellent masseur…”, se conte-t-elle encore.
C’est de la folie, elle ne le connait même pas ! Et puis il y a Loïc, elle l’aime… La vie lui semble cruelle, elle rêverait de pouvoir vivre ses envies spontanément, comme on le fait lorsque l’on est enfant.
“C’est peut-être pour ça que je n’arrive pas à en avoir avec Loïc, des enfants… L’univers m’envoie un message, je devrais probablement l’écouter”, pense-t-elle.
Pourquoi ne l’a-t-elle pas rencontré il y a sept ans, lorsqu’elle était libre comme l’air, il est ce qu’elle a toujours rêvé. Grand, ténébreux, un sourire à tomber, un charme fou et de la douceur, il aurait été l’homme de sa vie. Et puis même s’il ne l’avait pas été, elle n’aurait pas dit non à une petite aventure.
“Ma chérie ? Tu as entendu ce que je t’ai dit ?” s’agace Christine.
“Ah, euh, pardon, j’étais ailleurs…” répond Annabelle, extirpée de ses pensées.
“Oui j’ai bien vu ! Tu veux de la salade avant le rôti ?” ajoute la maman.
“Oui, je veux bien un peu de salade, merci” rétorque Annabelle.
“Où est-ce que j’en étais ? Ah oui, ses mains… Oh la la ses mains, je les voudrais toute une nuit rien que pour moi… Mais non, c’est ça, les enfants, l’univers, pourquoi est-ce que je reviens toujours à ses mains. J’aimerais qu’il me fasse un enfant… Il aurait de belles mains comme ça au moins. Loïc a des mains… somme toute normales. C’est pas bien, je ne devrais pas comparer. Je suis odieuse… Loïc je l’aime, il a plein de qualités et puis on va faire un enfant ensemble et on le verra grandir. Ça sera un super papa, c’est obligé, il a le profil. Oh la la mais ses mains… Et ses fesses, il ne faut pas que j’y pense, non pas là… c’est horrible ce que je fais… en plus ça va se voir.”
Elle sent son abdomen se contracter alors même que les images des fesses de Théo s’affichent mentalement devant ses yeux. Sa culotte commence à être trempée plus que de raison.
“Je, reviens, je vais aux toilettes” dit-elle feintant l’aplomb.
Une fois le loquet de la porte de la salle de bain de l’étage fermé, Annabelle s’empresse de baisser sa culotte, elle s’assoit sur le rebord de la baignoire et commence à se caresser doucement.
Elle ferme les yeux et invoque les images de Théo : la bouche du beau brun se pose sur la sienne… ses mains touchent son sexe encore vierge de ses caresses.
Dans ses pensées, le jeune Ostéo descend son visage au niveau de son pubis, tout en maintenant son regard dans le sien. Elle sent sa petite barbe de trois jours lui chatouiller les lèvres. Puis sa langue doucement glisser à l’intérieur de son sexe humide.
“Oh la la, en plus il lèche bien, j’en étais sûr !” pense-t-elle
Les doigts d’Annabelle remontent le long de son entre cuisse et viennent lentement polir son clitoris.
Elle imagine Théo la prendre, son rêve est si réaliste qu’elle ressent le poids du jeune homme sur elle. Il l’aime… dans une myriade de coups de reins sensuels.
Elle frictionne son sexe de plus en plus vite tandis que la jouissance monte délicieusement dans son corps.
Elle grimpe sur lui, il saisit sa poitrine alors qu’elle se met à onduler fiévreusement. La jeune femme voudrait le sentir et lui donner autant de plaisir qu’il ne lui en offre, en pensée du moins.
Elle ne va pas tarder à exploser, elle glisse ses doigts en elle et visualise les fesses de l’étalon, elle compte bien jouir sur cette image.
“Annabelle !!!? Tu m’entends ? Tout va bien ?!!” s’écrie sa mère depuis l’escalier.
“Ouiii, maman, j’arriiiiive !!!!!!!!” Répond-t-elle agacée.
“Quelle tannée cette famille” pense-t-elle.
Cette mère qui la surprotège depuis l’enfance, qui l’étouffe littéralement ; toujours à se mêler de tout, à lui prodiguer ses conseils qui ont si mal vieilli. Elle aurait tellement envie de l’envoyer paître et à la fois, c’est sa mère, elle ne veut pas la blesser. La pauvre femme ne comprendrait pas… Elle ne l’a jamais comprise d’ailleurs, c’est bien ça le problème. Pourtant, ça n’est pas faute de faire des efforts, toujours dans le même sens bien sûr.
“Qui me comprend moi ? Personne… Si, Théo, j’en suis sûr… Il a une voix si douce et il semble tellement connecté aux gens. Cet homme est un réservoir inépuisable d’empathie, ça se voit”.
Tant pis c’est trop tard, les cris de sa mère affolée l’ont coupée, tout ça pour cinq minutes aux toilettes. Elle remonte sa culotte, replace sa jupe puis passe ses mains sous l’eau tiède.
“Voila voilà, je suis là, est-ce que quelqu’un est mort pendant que j’étais aux toilettes ?” dit Annabelle sur le ton du sarcasme.
“Non, mais on va passer au fromage et tu n’as même pas commencé ton rôti, j’ai cru que tu ne te sentais pas bien” explique Christine.
L’après-midi file comme une chanson que l’on a écoutée mille fois. La partition est toujours la même : l’apéritif, le déjeuner, les discussions vides dans le grand salon, puis le thé accompagné d’un grand cake marbré, et enfin les au revoir. Dans quinze jours, la même musique retentira une nouvelle fois.
Ce soir, Annabelle n’a qu’une hâte, rentrer, s’asseoir de son côté du canapé, attendre que Loïc sorte son téléphone, pour enfin prendre le sien sans culpabiliser, puis répondre à Théo.
“Je crois que tes lèvres ont plu aux miennes…”, voilà ce que disait son message tout à l’heure.
Que va-t-elle lui répondre ? Rien que de l’imaginer lire sa réponse, la fait entrer en transe comme une adolescente.
“Je pourrais lui répondre quelque chose comme : “Bien envie de revoir les tiennes”, non ça fait trop classique. Alors plutôt : “Et mes lèvres voudraient goûter à nouveau les tiennes”, c’est bien ça, quoiqu’un peu rentre dedans…
Sa réponse sera : “Et mes lèvres s’impatientent de revoir les tiennes…”, ça s’est bien. Ni trop ni pas assez.
Elle regarde Loïc, enfoncé à l’autre bout du canapé, les yeux rivés sur son téléphone. Il n’a rien vu, mais Annabelle ne se sent pas très à l’aise. À cet instant, elle a besoin de lui parler, comme pour lui demander pardon. Elle veut sentir que rien n’a changé.
“Chéri tu as faim ? Tu veux que je prépare un petit truc ? Toasts Avocat Saumon ?” dit-elle.
“Ah oui super idée, j’ai déjà faim !” lui répond Loïc enthousiaste.
“C’est pas beau ce que je fais… et à la fois je meurs d’envie de revoir Théo. C’est pas contre Loïc… C’est un amour, si seulement je pouvais m’échapper dans un univers parallèle… ne serait-ce qu’un jour avec Théo, puis revenir à ma vie sans que rien ne change”
Nouveau message de Nath : “Exauçons leurs désirs, qu’en penses-tu ?”
Oui il s’appelle Nath dans son répertoire, c’est le prénom d’une vieille copine de lycée. Elle ne la voit plus depuis des années, une couverture parfaite. Nath n’est pas contrariante et si jamais “enquête il y a”, elle existe réellement.
“OK, mais comment ? Quand ? Où ?” répond Annabelle, trahissant son impatience.
Loïc glisse la main dans son cou lorsqu’elle s’apprête à envoyer le message, elle sursaute.
Loïc : “Chérie, tu veux de l’aide pour les toasts ?” fait-il.
Loïc : “Ça va ? Tu fais une tête bizarre ?” ajoute Loïc.
Annabelle : “Ah, euh non, non je me débrouille, merci” s’empresse-t-elle de répondre tout en verrouillant son téléphone.
Loïc : “Merci Chérie, t’es un amour” lui répond-il tout en glissant un baiser sur son front.
Annabelle disparaît dans la cuisine telle une ombre. Ses sens sont entrés en hypervigilance. Elle culpabilise autant qu’elle est excitée, ce mélange entre émotion et angoisse. Elle envoie le message et dès lors, la moindre vibration lui rappelle que Théo va lui répondre d’une minute à l’autre.
L’odeur du pain grillé commence à inonder le salon.
Loïc : “Hum ça sent trop bon, mets-moi plein de saumon s’il te plait chouchou” s’écrie Loïc.
Annabelle : “Oui d’accord !” répond Annabelle.
Les amoureux partagent un plateau devant la télé, sorte de rituel du dimanche.
Loïc glisse ses mains dans les cheveux d’Annabelle qui se crispe.
“Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à me détendre ?” pense-t-elle.
“Pourvu qu’il n’ait pas envie de moi… Je ne suis vraiment pas dans le mood ce soir… Enfin, si je veux être honnête, je ne suis pas dans le mood avec Loïc…
Oh la la mais tu te rends compte de ce que tu dis Annabelle ? Tu veux faire un enfant avec Loïc, tu dois avoir envie de lui faire l’amour, c’est le minimum ! Tu n’as qu’à penser à Théo ! Oh mince, non, je n’ai pas vraiment pensé ça ? Je ne peux pas faire ça… Ça serait pire que de le tromper ! Quoique ? Qu’est-ce qui est pire ? Le tromper vraiment, mais en étant loin de lui ou le tromper en pensée tout en étant dans ses bras ? Je ne sais pas… Je n’aimerais ni l’un ni l’autre ! Encore que pour pouvoir passer une nuit avec Théo, je pourrais laisser Loïc se taper une pétasse. Après tout, ça serait une juste égalité des choses ! Oui, mais s’il tombe amoureux d’elle ? Et qu’il me quitte ? Je serais la plus malheureuse. Bon, je crois que je vais penser à Théo si on fait l’amour ce soir.”
Le téléphone vibre, c’est un nouveau message de Théo : “On déjeune ensemble Mardi”
Le message sonne comme un ordre, Théo a probablement oublié le point d’interrogation à la fin.
“C’est aussi bien si c’est un ordre”, se dit-elle. De cette façon, elle n’a pas complètement le choix, donc ça n’est pas vraiment sa faute. C’est lui, c’est Théo qui insiste et puis, il est tellement séduisant, aucune femme ne pourrait résister.
Elle profite des quelques minutes d’inattention de Loïc, pour répondre : “Ok pour mardi”.
Ses mains se crispent et une joie soudaine s’empare d’elle. C’est fait, elle va le revoir. Ses yeux vont de nouveau croiser les siens. Sa bouche va effleurer ses lèvres de nouveau. Et, qui sait, peut-être plus…
Ce soir, comme par hasard, Loïc a follement envie d’elle. Elle le sent dans leur lit, il lui caresse le cou et surtout, il bande contre sa cuisse. Ses caresses se font de plus en plus sensuelles, il glisse une main sur sa poitrine et l’embrasse sur la joue, puis dans le cou.
Annabelle se retourne dos contre lui et baisse sa culotte.
“Vas-y chéri, prends-moi fort !” s’écrie-t-elle.
Loïc est surpris, mais elle veut en finir, surtout que ça soit intense et rapide.
Il la prend sur le côté, une main sur sa hanche, l’autre sur son épaule. Un quickie, viscéral et libérateur… Pour lui en tout cas.
Annabelle culpabilise, elle n’y trouve aucun plaisir, sauf lorsqu’elle ferme les yeux et pense à Théo.
Elle imagine le beau brun la baiser fort. Il empoigne sa poitrine, agrippe ses cheveux puis lui met des claques sur les fesses.
“Uhhhhhhh ouiiiii” s’écrie Loïc qui vient de jouir.
Annabelle ne l’a pas senti venir. Elle était plongée dans ses pensées. Elle se lève puis cours aux toilettes. Tant pis pour ses tentatives de grossesses, elle n’est pas dans son cycle de toute façon.
[…] Mardi matin (deux jours plus tard)
Le soleil brille à travers les stores de la chambre orientée plein ouest. Le parfum de la peau de Loïc embaume la pièce. Annabelle entend la douche couler, il doit probablement se préparer pour aller au travail.
Elle est en télétravail aujourd’hui, c’est une journée un peu plus cool.
“Allez, j’y vais chérie, je suis en retard, bonne journée” s’écrie Loïc.
“Bisou mon cœur, à ce soir” répond Annabelle tout en s’extirpant du lit pour lui faire un bisous.
Loïc s’enfuit, la porte claque et soudain, elle se sent heureuse, libre. Elle bondit hors du lit et se rue dans la salle de bain.
“Super, pas trop de cernes ce matin, je me trouve belle, par contre il faut que je m’épile” se dit-elle devant la grande glace illuminée par les rangées de LED.
Épilation, masque, douche, gommage, shampoing, soin, huile pour le corps, bref, la totale.
À 11h, elle n’a répondu qu’aux mails les plus urgents, mais elle ressemble à un petit bonbon. N’importe quel homme voudrait la croquer. Ses cheveux roux et bouclés scintillent comme des filaments. Ses formes voluptueuses remplissent parfaitement la petite robe de printemps qu’elle a chinée, il y a quelques jours sur Vinted.
C’est d’ailleurs cela qui plaît à Loïc, ses formes, il le lui répète sans cesse, même quand elle se trouve trop grosse. Et puis sa chevelure, qu’il vente ou qu’il pleuve, il l’aime aussi et n’arrête pas de la toucher.
Il est bientôt midi, Annabelle prend son sac et ferme la porte de l’appartement. Elle a oublié son téléphone, elle rentre à nouveau, où a-t-elle bien pu le poser encore. Ça y est, sur l’étagère du dressing. On referme, on ressort, mince, elle transpire… Ce foutu déo 24h ne fonctionne même pas une heure. Aller direction le métro, la petite brasserie n’est qu’à 3 arrêts de chez elle.
Nouveau message de Théo : “J’y suis, je t’attends à l’intérieur”
“J’arrive dans 5 min” lui répond Annabelle.
Elle est en retard, bon pas de beaucoup, mais lui a traversé la moitié de Toulouse pour venir et il est à l’heure. Ce n’est pas grave, la prochaine fois, c’est elle qui viendra à lui. S’il y a une prochaine fois ? Et s’ils ne se plaisaient plus ? Si elle ne lui faisait pas l’effet attendu ?
Les portes du métro s’ouvrent, les gens se ruent hors de la rame, Annabelle remonte le grand escalier le cœur serré. Il palpite de peur et d’angoisse autant que de joie et d’excitation. Elle a rêvé de ce moment tant de fois. Soudain son téléphone sonne, c’est un appel de Loïc.
“Merde qu’est-ce qu’il veut !”
Annabelle : “Allo, chéri, ça va ?”
Loïc : ”Oui, chouchou, c’était pour te prévenir que je resterais à l’afterwork du taff ce soir, j’avais complètement oublié de t’en parler ! Ça ne t’ennuie pas ? On n’avait rien de spécial ce soir ?”
Annabelle : “Euh, non non pas de souci, vas-y mon chéri, je ne t’attends pas pour manger du coup ?”
Loïc : “Oui voilà, ça risque de se finir tard, merci mon cœur”
Annabelle : “De rien, bisous, amuse-toi bien”
Loïc : “Yes, bisous !”
Annabelle raccroche, elle tremblote, les émotions se mélangent encore.
“Bon allez il faut trouver la brasserie, on ouvre maps, dans quel sens est ce plan ? Dézoome, ok la Garonne est là, je suis dans le bon sens”
“C’est là, une grande maison bourgeoise, le restaurant est au rez-de-chaussée”
Elle entre, la porte fait tinter les petits grelots qui la surplombent.
Le serveur : “Bonjour, vous venez pour déjeuner ? Vous avez réservé ?”
Annabelle : “Euh oui, enfin, je viens pour voir un homme, enfin un ami quoi”
Le serveur : “Oui, comment s’appelle votre ami Mademoiselle ?”
Annabelle : “Théo, il s’appelle Théo”
Le serveur : “D’accord je crois avoir vu passer un homme seul, il est en haut”
Nouveau message de Théo : “Je suis installé dans la mezzanine”
“Annabelle : “Oui d’accord, merci”
La jeune femme monte les marches de l’escalier en colimaçons qui débouche sur la petite salle du haut.
Théo est installé sur une table au fond près de la fenêtre, il l’accueille avec un sourire radieux.
Théo : “Salut Annabelle”
Annabelle : “Salut”
Théo : “Est-ce que… ça va ?”
Annabelle tentant de contrôler ses émotions : “Oui oui, désolée, je suis un peu en retard”
Théo : “Pas de souci, mon prochain patient est à 15h30, on est large”
Annabelle : “Ah bah alors ça va”
Les phrases automatiques sortent toutes seules, Annabelle se sent bête, elle a quinze ans à cet instant. Cela fait des années qu’elle n’a pas ressenti ce genre d’émotions. Elle perçoit le regard de Théo se poser sur son corps et elle minaude.
“Qu’est-ce que c’est bon de se sentir désirée…” pense-t-elle
“Mais pourquoi est-ce que je me tortille de cette façon, je suis vraiment cruche… Il est canon, encore plus que dans mes souvenirs, il a l’air posé… Ne fixe pas trop ses mains… qu’est-ce que je pourrais dire d’intelligent ?”
Annabelle : “Et du coup il vient pourquoi ce patient ?”
“Mince Annabelle, mais qu’est-ce que tu fais, pourquoi tu lui as posé cette question, c’est super indiscret ! Et il n‘a pas le droit de te le dire, c’est le secret médical !”
Théo en souriant : “Eh bien, ça me fait plaisir que tu t’intéresses à mon travail, cette après-midi j’ai positionné tous mes patients avec des troubles des membres inférieurs, genoux, chevilles, pieds…”
Annabelle : “Ah d’accord ! Tu fais par parties, enfin je veux dire, oui”
Théo : “Oui, c’est ça, par zone du corps si tu préfères”
Annabelle : “D’accord, et il faut venir quel jour pour les mains ?”
Théo : “Tu as des soucis avec tes mains ?”
Annabelle : “Ah ah, non euh, enfin je voulais dire tes mains à toi… Mais euh, hihi”
Théo : “Ah ouf tu m’as fait peur, c’est pas cool les problèmes de mains. Mais les miennes oui, c’est tous les jours… Je ne soigne que rarement avec les épaules ou les pieds” ajoute-t-il en riant.
Annabelle rougit puis rit bêtement : “hihi, très bien, je note”
Le serveur : “Est-ce que vous avez choisi ?”
Théo : “Non, il va nous falloir encore quelques minutes”
Le serveur : “Très bien, je reviens dans 5 minutes”
Théo : “Est-ce que tu veux boire un peu de vin ? Un pot ?”
Annabelle : “Oh oui avec plaisir, je télétravaille cette après-midi”
Théo : “D’accord, c’est super ça, un Viognier ? Blanc, c’est bon ?”
Annabelle : “Oui parfait”
Théo : “Donc tu n’habites pas très loin c’est bien ça ?”
Annabelle : “Oui à trois arrêts de métro sur la ligne B, Canal du midi”
Théo : “Ok je vois bien, c’est la ligne que je prends pour aller au cabinet”
Les verres de vins s’enchaînent, mais Annabelle boit littéralement les mots de Théo. Elle pourrait le faire parler toute la journée rien que pour voir ses lèvres bouger encore un peu. C’est sans compter sur sa voix, si sexy et ses mains, il n’arrête pas de les remuer, un peu comme les Italiens. Elle les trouve tellement expressives.
Le déjeuner touche bientôt à sa fin.
“Est-ce que je lui propose un café à la maison ? C’est vraiment pas bien… mais j’en meurs d’envie”
Annabelle : “Est-ce que tu veux prendre le café à la maison ? J’ai des chocolats Criollo à manger avec en plus”
Théo : “Bon si tu me prends par les sentiments”
Les deux amants se dirigent vers la sortie, le vin blanc leur est doucement monté à la tête et Annabelle est désormais plus que détendue. Elle rit et taquine Théo autant que faire se peut. Finalement, ils marchent et arrivent rapidement en bas de l’appartement d’Annabelle.
Théo : “Tu es sûr que je peux monter ?”
Annabelle : “Oui oui, ne t’en fais pas”
Théo : “Ok…”
Quelques minutes plus tard, Annabelle fait visiter son appartement au beau brun.
Annabelle : “Voici le petit dressing…”
Théo : “Sympa !”
Annabelle : “Et la terrasse !”
Théo : “Wow ! Vous avez une sacrée vue ! ”
Annabelle : “Oui c’est ça qui nous a fait craquer, elle donne au sud en plus, on a le soleil toute la journée”
Théo s’asseyant sur le canapé extérieur : “Je vois…”
Annabelle : “Alors tu préfères serré ou allongé ?”
Théo : “Euh…”
Annabelle riant : “Je veux parler du café, bien sur”
Théo : “Ah ah oui bien sûr… Allongé pour moi s’il te plait”
Annabelle lui lançant un regard espiègle : “Très bon choix !”
Elle s’enfonce dans la cuisine tandis que Théo plonge les yeux dans le panorama. Il tente de reconnaître les bâtiments qu’il aperçoit au loin.
Théo : “On arrive même à voir le Dôme de la Grave d’ici, c’est dingue”
Annabelle depuis la cuisine : “Oui c’est fou hein ?”
La jeune femme revient les mains chargées, elle dépose les tasses sur la petite table basse au soleil, puis propose un chocolat à Théo.
Théo : “Impossible de refuser, ces chocolats sont tellement bons”
Annabelle : “Je suis tellement d’accord”
Leurs regards se croisent encore, l’atmosphère est particulière, c’est comme s’ils attendaient tous les deux que l’autre fasse le premier pas.
Annabelle meurt d’envie d’embrasser Théo mais c’est aussi l’appartement de Loïc et il est ici partout, dans sa mémoire. Elle n’assume soudainement plus vraiment son petit jeu.
“Qu’est-ce que je fais là avec Théo ? Annabelle t’es pas bien ou quoi ? Tu imagines la réaction de Loïc s’il te voyait ? Ou s’il le découvrait ? C’est pas possible de…”
Soudain, Théo s’avance et pose ses lèvres sur celles d’Annabelle qui se laisse faire sous l’effet de surprise. Leur baiser est si tendre qu’elle n’arrive plus à décoller sa bouche de la sienne. Rapidement, la main du jeune homme vient se poser sur la hanche de la jeune femme. Leurs langues se goûtent et plus rien n’existe autour d’eux.
Théo : “Pardon, excuse-moi, je…”
Annabelle : “Non, c’est moi qui devrais m’excuser, tu n’as rien fait de mal toi”
Théo : “Je te remercie pour le café, je vais te laisser bosser”
Annabelle : “Non attends, je n’ai pas de réunion cette après-midi”
Cette fois, c’est Annabelle qui plonge sa bouche sur celle de Théo. Leur premier baiser était loin de lui suffire.
L’homme se laisse faire, la passion est en train de s’emparer d’eux et ils le sentent bien. Lorsque le baiser se termine, Théo regarde Annabelle intensément puis lui caresse la main.
Théo : “Je crois qu’il serait plus sage que je parte maintenant”
Annabelle : “Hum, je… Tu es sûr ? mais…”
Théo : “Merci pour le café… il était très bon”
Le jeune Ostéopathe se lève, il saisit sa veste et se dirige vers la sortie, suivi par la jeune femme qui ne cache pas sa frustration. Arrivés devant l’entrée, les amants s’empoignent passionnément une dernière fois. Annabelle écrase sa poitrine contre le torse du beau brun, la tension est si forte qu’ils n’arrivent pas à se détacher.
Puis, le jeune homme tourne les talons, ouvre la porte et s’enfuit. Annabelle le regarde s’échapper dans la cage d’escalier, tandis qu’elle défroisse les plis de sa robe.
Ses yeux sont épris, son cœur tamponne sa poitrine comme des balles de fusil et la tension ne faiblit pas.
“Qu’est-ce que j’ai fait ?” se dit-elle.
“À la fois, j’aurais rêvé qu’il me prenne là, debout sur le pas de la porte ! Oh la la, personne ne m’a jamais fait autant d’effet je crois… Même pas Loïc.”
Chapitre 2
Une fois la porte refermée, le songe de sa vie rêvée se dissipe et Annabelle se sent « sale », elle court dans la salle de bain pour se laver. Rien n’y fait, l’odeur de Théo flotte partout autour d’elle.
[Le lendemain]
La poignée de la porte tourne, c’est Annabelle qui rentre du bureau, Loïc est déjà là, il a terminé plus tôt ce soir. Les amoureux ne se sont quasiment pas vus ces derniers jours.
Annabelle : “Salut Chéri !”
Loïc : “Coucou ça va ?”
Annabelle en l’embrassant : “Oui super et toi ?”
Loïc : “Je suis crevé, on a terminé à minuit, tu dormais quand je suis rentré hier soir”
Annabelle : “Je n’ai rien entendu, c’était bien au moins ?
Loïc : “Ouais c’était sympa, il y avait tout le monde, même Solange, c’est pour dire”
Annabelle : “Ohhh, il va pleuvoir ! Elle va bien ?”
Loïc : “Comme d’hab, elle était à part et paraissait dans ses pensées”
Annabelle : “Rien ne change à ce que je vois”
Loïc : “On a bien rigolé avec Fred et Guillaume, par contre j’ai eu une barre dans la tête toute la journée”
Annabelle : “Vous avez tourné à la bière ?”
Loïc : “Oui enfin, on a commencé à la bière et terminé au Whisky”
Annabelle : “Ouch”
Loïc : “Et toi, ça va ?”
Annabelle : “Oui oui, il y a avait du monde au bureau aujourd’hui, c’était sympa de voir un peu les collègues”
Loïc : “Tant mieux”
Annabelle s’abstient d’entrer dans les détails de ses deux derniers jours. Elle est terrorisée à l’idée que Loïc ne se doute de quelque chose. Elle oriente la conversation à la manière d’une motarde qui éviterait les plaques de gazole. La jeune femme se découvre un talent pour la comédie. Cela lui rappelle ses manigances d’enfant qu’elle fomentait lorsque son frère la cuisinait sans vergogne.
Loïc : “On se fait des sushis ce soir ?”
Annabelle : “Oh oui, super idée !”
“Il faut bien compenser un peu toutes ces émotions, un plateau de sushis sera parfait pour cela” pense-t-elle.
Loïc : “Ok je commande une box pour deux ça te va ?”
Annabelle : “Oui c’est parfait, merci chéri”
Le jeune homme attrape son téléphone puis se lève en direction de la terrasse. Annabelle en profite pour faire un tour dans la salle de bain.
“Finalement, ça n’est pas si difficile de garder ses secrets pour soi. C’est fou, il ne s’aperçoit de rien, alors que… Non, ne pense pas à ça Annabelle, après tu vas culpabiliser et il va le sentir. Je vais remettre un peu de gloss, j’ai les lèvres sèches en ce moment, c’est bizarre je n’ai jamais les lèvres sèches au printemps. Huuuunn mais ça serait pas à cause de Théo ? Si ça se trouve, il a de l’herpès ? Et je suis en train d’en attraper ! Quelle horreur, comment je vais faire pour expliquer à Loïc que j’ai attrapé de l’herpès ? Mais non Théo n’a pas d’herpès, il travaille dans le médical, c’est safe… Quoi qu’ostéo, il touche plein de gens… Oh la la Annabelle, qu’est-ce que tu vas faire si t’as de l’herpès ? Non non non, Théo n’a pas d’herpès, arrête de psychoter. Fait un bisou à Loïc comme ça au pire vous en aurez tous les deux et tu pourras dire que ça vient de lui !” pense Annabelle.
Elle revient dans le salon les yeux pétillants et le sourire aux lèvres.
Annabelle : “C’est bon ? Tu as pu commander les sushis ?”
Loïc lui tend son téléphone : “Oui oui, c’est bon. Tu as reçu un nouveau message je crois, une Nath…”
Annabelle, sent la pression monter soudainement dans tout son corps. L’angoisse saisit puissamment son sternum et son cœur se met à battre la chamade.
“Ne montre rien Annabelle, garde ton sourire de façade et surtout ne plisse pas les yeux”.
En une fraction de seconde, elle se ressaisit puis répond :
Annabelle : “Ah merci ! Oui Nath, ma copine de lycée…”
“C’est bien, tu n’as rien laissé paraître, heureusement que tu l’as surnommé Nath. Bon par contre il faut absolument que tu retires les notifications de ton téléphone, ça devient trop compliqué là”.
Loïc : “Ah c’est cool, tu la revois ?”
Annabelle : “Euh oui, enfin, on s’est croisées l’autre jour dans le métro et du coup on a repris contact”
Loïc : “Sympa, tu devrais l’inviter à la maison, on pourrait se faire un apéro avec les beaux jours qui arrivent”
Annabelle : “Oui bonne idée…”
“Très mauvaise idée ça. Bon ne dit plus rien, ne fait pas de vagues, il va oublier de toute façon”.
Annabelle : “À quelle heure sont annoncés les sushis ?”
Loïc : “Dit donc tu as faim toi ? 19h15 je crois”
Annabelle : “Oui j’ai faim, j’ai pas beaucoup mangé à midi”
La soirée passe lentement, Annabelle marche sur des œufs à chacune de ses phrases. Elle a le sentiment de s’empêtrer dans ses mensonges et l’énergie qu’elle déploie pour tenter de rester cohérente est tout simplement colossale.
“Tout compte fait, c’est une charge mentale non négligeable que de tromper son conjoint…”
[Le lendemain]
Loïc arrive au bureau, il salue ses collègues.
Loïc : « Salut Solange, tu vas bien ? »
Solange : « Salut, oui »
Loïc : « Bien terminé avant-hier ? »
Solange : « Oui oui, et toi ? »
Loïc : « Oui, j’ai eu mal à la tête toute la journée d’hier »
Solange : « Ah mince »
Loïc : « Oui c’est ça quand on ne connaît pas ses limites, je suis un vrai ado”, dit-il en souriant.
Solange : « Oh je connais ça, j’en ai un à la maison… »
Loïc : « Ah oui ? C’est-à-dire ? Je ne savais pas que tu avais des enfants ? »
Solange : « Non je ne suis pas maman, je parle de mon petit frère »
Loïc : « Ton petit frère est venu habiter chez vous ? »
Solange : « Pas tout à fait… Je suis retournée vivre chez mes parents… »
Loïc : « Quoi ? mais pourquoi ? »
Solange : « Eh bien nous venons de nous séparer avec Pierre… »
Loïc : « Mais je croyais que… mince je suis vraiment désolé »
Solange : « Oh tu n’y es pour rien… Ça faisait un moment que ça n’allait plus »
Loïc : « D’accord, écoute si tu veux en parler n’hésite pas en tout cas, je dois filer en réunion »
Solange : « Merci c’est très sympa de ta part, bonne réunion »
À un autre endroit dans Toulouse.
Annabelle se précipite sur le quai, les signaux lumineux indiquant la fermeture imminente des portes du métro, s’éclairent.
« Ouf de justesse, bon où est-ce que j’ai mis mon téléphone, ah le voilà ».
Message de Nath : « Hello Annabelle, j’ai beaucoup aimé notre café sur ta terrasse, désolé d’être parti si vite, en réalité j’aurais pu passer l’après-midi avec toi, mais ça n’aurait pas été très sage »
« Qu’est-ce que je lui réponds ? J’aimerais le revoir… sentir son parfum et ses lèvres si douces. Qu’est-ce qu’il embrasse bien, c’est tellement rare. En même temps cela faisait des années que je n’avais embrassé personne d’autre que Loïc. La prochaine fois, je voudrais que ses mains se posent sur moi. J’ai peur… cette fois ça risque de sérieusement déraper. Et si je n’assume plus et que j’avoue tout à Loïc ? Ou pire s’il l’apprenait ».
Annabelle est de plus en plus torturée par cette situation aussi excitante que déroutante.
Elle répond finalement : « Moi aussi j’aurais tellement aimé… Mais je crois que je suis perdue »
[Le soir]
Annabelle jette une pincée de sel dans la poêle, les oignons nouveaux brunissent au rythme des crépitements de l’huile brûlante.
Loïc : “Ça sent trop bon”
Annabelle : “N’est-ce-pas ?”
Loïc : “Ça a été ta journée, tu sembles contrariée ?”
Annabelle : “Non non ça va, je suis simplement concentrée… Et toi, ça a été ? Il y avait du monde au bureau ?”
Loïc : “Oui, il y avait Guillaume et Laurent”
Annabelle : “Ah c’est tout ? Vous n’êtes pas nombreux en ce moment…”
Loïc : “Non c’est vrai, mais on a déjeuné ensemble, au “Petit Buffet” c’était sympa”
Annabelle : “Ah oui, c’est toujours votre cantine”
Loïc : “Exactement”
Annabelle : “Et Solange ?”
Loïc : “Non je ne l’ai pas vue…”
Loïc n’assume pas vraiment la rupture de Solange… Pourquoi ? Ça n’est qu’une collègue après tout. Pourtant Annabelle a toujours été un peu jalouse de Solange… Si elle venait à apprendre qu’elle s’est séparée, cela la rendrait anxieuse et Loïc n’en a pas envie.
Annabelle : « Elle est repartie dans son monde »
Loïc : « Probablement »
[Quelques jours plus tard, au cabinet de Théo]
Théo : “Allez c’est bon pour aujourd’hui Mr Sanchez, vous avez bien travaillé”
Mr Sanchez (le patient) : “Merci, j’ai l’impression que je progresse”
Théo : “Bien sûr que vous progressez Mr Sanchez, c’est une évidence. Passez une bonne journée”
Mr Sanchez (le patient) : “Merci, à vous aussi”
Le beau brun froisse le papier qui pend sur la table de massage puis le jette dans la grande corbeille en osier. Il déroule une nouvelle feuille qu’il étend sur le siège au moment où son téléphone vibre.
Nouveau message d’Annabelle : “Je ne sais pas comment gérer cette situation, mais je suis sûre d’une chose : je veux te revoir”
Théo esquisse un sourire, puis pose son téléphone, il s’assoit à son bureau lorsque la sonnette de la porte retentit.
Théo : “Entrez Madame Martin, alors comment va ce poignet ?”
[Au même moment, au bureau de Loïc]
Guillaume : “Tu prends un caf ?”
Loïc : “Yes, je termine un mail et je vous rejoins”
Solange passe dans le couloir : “Salut Loïc, tu vas bien ?”
Loïc : “Oui super, et toi, ça va un peu mieux ?”
Solange : “Il faut bien, je n’ai pas le choix”
Loïc : “On va au café avec Guillaume et les autres, tu viens ?”
Solange : “C’est gentil, je ne sais pas si je serai de très bonne compagnie”
Loïc : “Allez viens ! Ça ne peut que te faire du bien”
Solange : “Tu crois ?”, elle sourit : “bon d’accord”
Le grand distributeur à café ronfle et grince. Les discussions filent et l’ambiance est légère. Loïc est de retour à son bureau lorsque Solange s’approche.
Solange : “Tu crois à la fidélité toi ?”
Loïc réfléchit : “Eh bien, c’est une vaste question… Je crois que oui, en tout cas sur un temps donné”
Solange : “Tu veux dire pas pour la vie ?”
Loïc : “J’imagine que c’est dur de rester fidèle toute une vie”
Solange : “Pierre me soupçonne de l’avoir trompé alors que pas du tout… Il ne comprend pas pourquoi je suis partie”
Loïc : “Ah bon ? Tu sais tu n’es pas responsable de ce qu’il pense… Il a probablement besoin de trouver des explications à cette situation”
Solange : “Oui je crois que tu as raison… Dire que j’ai été droite comme un i durant toutes ces années, tout ça pour finir sur le banc des accusés”
Loïc : “Oui parfois les gens sont injustes, surtout lorsqu’ils sont blessés”
Solange : “Ça n’est pas faute de l’avoir prévenu… Je lui ai dit cent fois que s’il ne changeait pas de comportement, je m’en irais, mais il n’a rien voulu entendre”
Loïc : “C’est compliqué la communication dans un couple… On ne peut pas vraiment tout dire et à la fois on n’est pas responsable de ce que l’autre veut bien comprendre”.
Solange : “Pourquoi dis-tu qu’on ne peut pas tout dire ? Être sincère avec la personne qu’on aime c’est tout de même primordial, non ?”
Loïc : “Et bien, je pense que plus nous aimons une personne et elle nous aime en retour et plus nos mots deviennent… aiguisés envers elle. Ils peuvent blesser, souvent par maladresse d’ailleurs, parfois intentionnellement, l’amour n’est pas parfait”.
Solange : “Je n’avais jamais réfléchi à ça… Continue”
Loïc : “Tu vois, ça nous arrive à tous de trouver quelqu’un beau, voire même d’être attiré ou de ressentir du désir, ça n’est pas malsain ni déviant. Pourtant, peu de gens sont capables de l’entendre de la bouche de leur propre conjoint. C’est humain, se retrouver fasse à l’altérité de l’autre personne désirée, peut blesser”
Solange : “Tu as tellement raison… Mais quelle est la solution alors ?”
Loïc : “S’il y avait une solution universelle qui convient à tous, plus aucun couple ne se séparerait. Je pense qu’il y a autant de solutions que de couples”
Solange : “Oui, je crois que l’essentiel c’est d’être en phase avec son partenaire. Plus facile à dire qu’à faire…”
Loïc : “Oui ça n’est pas évident du tout, avec le temps on apprend à communiquer et puis parfois on n’y arrive pas”
Solange : “Tu n’as jamais eu envie d’aller voir ailleurs toi ? Pardon c’est peut-être indiscret comme question”
Loïc : “Écoute on est dans les confidences, alors… Oui, évidemment que ça m’est arrivé mais je respecte Annabelle et mon engagement envers elle”
Solange : “C’est bien… Tu es un type bien, c’est rare. Ça me fait du bien de parler avec toi, merci”
Loïc : “Moi aussi Solange, n’hésite pas”
[À un autre endroit dans Toulouse]
Annabelle marche d’un pas rapide, elle est en retard pour sa réunion.
“Qu’ai-je raté dans ma vie pour en arriver là ? Coincée entre mon amour et mon désir… Ça n’arrive qu’à moi”
Son regard se pose sur un grand panneau publicitaire : “Bleeden, Soyez fidèle… à vos désirs. Le premier site de rencontres adultères.”
“C’est fou, un site de rencontres adultères ? Ils ne savent plus quoi inventer… Ça doit marcher… finalement c’est peut-être ça la solution, vivre ses désirs en cachette. »
Nouveau message de Nath : « Voudrais-tu que l’on partage un déjeuner ensemble demain midi ? Je n’ai rien prévu l’après-midi… »
Une montée d’adrénaline dans le corps d’Annabelle accompagne immédiatement le message, ce dernier vient de sonner le glas de sa morale, la limite de sa volonté, si vaillante soit elle. Évidemment qu’elle va dire oui, comment pourrait-elle refuser ?
Leur jeu est allé bien trop loin pour en refuser la suite.
La jolie brune s’empresse de répondre : « Avec plaisir ! »
C’est fait ! Elle verrouille son smartphone et son regard se perd dans le vague.
[Au même instant – Cabinet d’Ostéopathie – Théo Granjean]
Nouveau message d’Annabelle : « Avec plaisir ! »
Théo esquisse à nouveau un léger sourire, il imagine déjà comment pourrait se terminer ce déjeuner… La petite bouche en cœur d’Annabelle, les rondeurs de sa poitrine, le galbe de ses jambes, son parfum et ses pieds vernis… tant de détails anodins pour elle, qui attisent plus que de raison, son désir à lui.
Une patiente : « J’ai terminé l’exercice »
Théo : « Oui, parfait, on va travailler la proprioception maintenant »
[Le Lendemain – Bureau de Loïc]
Loïc : « Hello, ça va, tu viens tous les jours en ce moment !? »
Solange : « Oui j’avoue que je commence à ne plus supporter mes parents, je suis aussi bien au bureau »
Loïc sur le ton de la plaisanterie : « Ah ! Moi qui croyais que c’était pour nous voir »
Solange : « Ça se pourrait… »
La conversation bascule, Loïc ressent un petit pincement au niveau de son bas ventre. C’est la première fois que Solange se permet une telle allusion. Mais le plus déstabilisant pour lui : c’est qu’il a éprouvé un certain plaisir à l’entendre. Tout à coup, il remarque les cheveux scintillants de la jeune femme, ses yeux en amandes et son cou sensuel, digne d’une danseuse.
Leur échange se poursuit mais la teneur de la conversation a changé. Les doubles sens s’enchaînent comme si de rien n’était. Leurs regards se croisent puis se détachent avec une légère gêne.
[Au même instant]
Annabelle marche le long du canal en sautillant. Les nuages ont envahi le ciel, c’est elle qui traverse Toulouse pour se rendre au cabinet de Théo cette fois-ci. Son cœur bat la chamade et ses mains sont un peu moites. L’émotion s’empare d’elle comme à chaque fois qu’elle doit voir Théo.
Elle appuie sur l’interphone : « Drrring »
Théo : « Oui ? »
Annabelle : « C’est Annabelle »
Théo : « Je t’ouvre, première à gauche »
Annabelle : « D’accord »
Le beau brun entrouvre la petite porte blanche, sertie d’une plaque dorée affichant la mention « Théo Granjean – OSTÉOPATHE ».
Annabelle l’aperçoit et lui sourit.
Les deux amants se prennent dans les bras tandis qu’ils s’embrassent maladroitement.
Théo : “Viens entre, je vais te faire visiter”
Annabelle pétille, elle est excitée comme une puce et n’arrête pas de parler. Elle commente tout ce qu’elle voit comme une enfant qui découvrirait Disneyland.
Annabelle : “Oh trop jolies tes orchidées, tu arrives à les garder ? Les miennes fanent au bout de quelques mois… Ah tu as une petite cour c’est sympa…”
C’est une manière pour elle de chasser le stress qu’elle ressent à cet instant. Elle n’oublie pas de poser furtivement ses yeux sur les fesses de Théo qui avance devant elle.
Théo : “Il est tôt, est-ce que tu veux un café ?”
Annabelle : “Ah, euh, non je suis déjà suffisamment excitée”
“Uhhhh, Annabelle mais pourquoi est-ce que tu lui dis ça ? Il va penser que tu es dingue de lui et surtout que tu ne gères plus rien. Bon, en même temps c’est pas tout à fait faux, mais un peu de dignité ! Tu vas le faire fuir à force, c’est ce que tu veux ? Non, évidemment ! Alors reprends-toi.”
Annabelle : “Enfin je veux dire que je supporte mal le café en ce moment”
Théo : “Ah oui ? Pourtant il m’a semblé que tu aimais ça la dernière fois que l’on s‘est vu”
Annabelle : “Oui c’est vrai, j’ai mes périodes mais prends-en un si tu veux”
Théo : “Non ça va, j’en ai bu suffisamment ce matin”
Ils arrivent dans une petite salle silencieuse, garnie de tapis, quelques Swiss ball, des Kettlebell et un espalier au mur.
Théo : “Et voilà le clou de la visite : ma salle de torture”
Annabelle feintant la peur : “Ah oui… En effet, je n’aimerais pas en passer par là”
Théo la regarde en souriant : “Oui, mais ça serait pour ton bien”
Le silence est assourdissant, c’en est gênant. Les deux amants se regardent puis Théo s’approche et ils s’empoignent. Leur baiser est des plus fougueux. La tension est palpable.
Théo saisit le menton d’Annabelle à l’aide de ses mains, tandis que ses lèvres caressent passionnément la bouche de la jeune femme.
Annabelle fait glisser son chemisier qui laisse apparaître ses épaules à demi bronzées.
Leurs bassins se collent l’un à l’autre, l’attirance est puissante. Leurs esprits réclament cette fusion des corps. Plus rien d’autre n’existe à ce moment-là.
Annabelle glisse délicatement ses mains sous le teeshirt de Théo qui ne décolle pas sa bouche de la sienne.
Théo tout en l’embrassant : “Tu es sûre que tu… ne veux pas… déjeuner avant ? ”.
Annabelle : “Oui… je suis sûre.”
Le jeune Ostéo est désormais torse nu, Annabelle a lâché ses lèvres pour se diriger sur son torse. Elle embrasse fiévreusement le corps du beau brun, dont elle a rêvé si longtemps.
“Wow, il est encore plus canon que dans mes rêves et son odeur, je voudrais le manger tout entier là maintenant”
Elle serre la poitrine du jeune homme contre son visage, les deux mains posées sur ses fesses qu’elle sent se dessiner à travers son petit pantalon.
Lui bande déjà intensément, ce qui l’excite d’autant plus. Elle défait sa ceinture et descend doucement son pantalon jusqu’à ses chevilles.
Il laisse apparaître une belle protubérance cachée par un boxer gris. Elle commence à le malaxer, puis frotte rapidement son visage contre le caleçon du jeune homme. Théo se laisse faire tandis qu’elle se met à genoux et lui jette un regard assombri de désir. Le jeune homme sait ce que cela signifie, il a déjà imaginé la suite de cette scène, de nombreuses fois. Elle fait glisser le dernier bout de tissu sur ses mollets puis empoigne doucement son sexe. Sa bouche commence à faire de lent va-et-vient depuis la base jusqu’à son gland, qu’elle prend le soin d’à peine effleurer. Le garçon tressaille, il lâche un soupir.
Le premier contact de la bouche humide d’Annabelle sur ses parties intimes, lui procure de divines sensations. La jeune femme le sent, elle se délecte de lui donner déjà autant de plaisir. Elle lape désormais ses testicules qui durcissent immédiatement, puis remonte le long de son pénis excité.
La jeune femme est trempée sans même qu’il ne l’ait encore caressée. Elle enveloppe le membre viril de ses mains tout en le léchant encore intensément. Théo exulte, il veut la sentir, encore, plus loin, plus fort. Il tombe à genoux sur le tapis pour retrouver sa bouche qu’il embrasse à nouveau fougueusement. Leurs langues s’en mêlent et s’emmêlent, la passion est si puissante que le jeune Osteopathe en a presque mal au ventre.
Il relève le chemisier de la jeune femme puis l’ôte lentement. Il ouvre son magnifique soutien-gorge blanc d’une main habile. La voluptueuse poitrine d’Annabelle apparaît sous les yeux stupéfaits de l’homme. Il agrippe les formidables protubérances tout en faisant basculer la jeune femme vers l’arrière. Puis, il plonge la bouche dans ses chairs généreuses, Annabelle exulte à son tour. Ses tétons durcissent en un instant et la langue du jeune homme à cet endroit, fait monter en elle une vague de chaleur irrépressible.
Théo veut la goûter avec son corps, il veut la prendre… longtemps, passionnément… furieusement.
Chapitre 3